21.12.2006
VIEUX
L’étude sur l’espérance de vie, publiée hier par l’Insee, bouscule toutes les idées reçues. Elle nous apprend en effet que l’on vit plus vieux en Ile-de-France que nulle part ailleurs. Et qu’il vaut mieux vieillir dans le sud-ouest que dans le nord Pas-de-Calais. On s’en doutait un peu, mais nul n’imaginait sans doute que même la Seine-Saint-Denis pouvait être un « paradis » pour les « vieux »et que la banlieue parisienne, en général, pouvait autant protéger ses anciens que faire peur aux nouveaux.
Pour bien comprendre le classement de l’Insee, il faut savoir que l’espérance de vie à la naissance atteint désormais, en France, 75,7ans pour les hommes et 82,9 ans pour les femmes. Dès lors, il nous faut intégrer une « rallonge » ou une « décote » suivant notre situation géographique. Parisiennes et Mayennaises sont, dans cet ordre d’idées, les mieux loties. Au grand dam des Alsaciennes et des Lilloises.
Il va sans dire que cette étude ne fera pas plaisir aux Nordistes qui, avec 3 ans en moins d’espérance de vie, ne se priveront pas de la contester. Avec, d’ailleurs, quelques raisons. Car il est des professions intellectuelles qui « conservent » plus longtemps et la France du Nord « paye » encore sa longue tradition des mines de charbon.
Enfin, il n’est pax exclu que l’Insee puisse se tromper. Et dans les grandes largeurs, comme en témoigne une autre étude publiée aujourd’hui. Ainsi, selon les prévisions de l’Institut des études démographiques (INED), la population française devrait sensiblement augmenter dans les années à venir alors qu’il était prévu le contraire. Jusqu’à atteindre près de 70 millions d’habitants en 2050,là où l’Insee n’en prévoyait que 64 millions.
La fécondité a en effet beaucoup augmenté. Grâce en soit rendue d’ailleurs aux 30-35 ans qui ont pris la relève des jeunes de moins en moins pressés d’entrer en paternité ou en maternité.
Mais cette querelle entre jeunes et vieux est elle-même dépassée. Il nous faut toujours méditer cette phrase du général Mac Arthur qui estimait que l’on « ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années; on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal ». Ce qui veut dire, entre nous, je l’espère, qu’il nous reste encore de… longues années pour faire mentir ensemble… l’Ined et l’Insee.
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20.12.2006
MECANIQUE
Chaque jour en politique amène, hélas, son lot de stupidités dans tous les camps. Prétendre ainsi, comme l’a fait lundi Nicolas Sarkozy, que, s’il est élu, plus aucun Sdf ne serait obligé de dormir sur les trottoirs sous deux ans relève de la chimère. C’est comme s’il avait prétendu que la terre s’arrêterait de tourner. Non pas tant parce que la terre ne peut se passer de SDF, mais parce que l’exclusion n’est pas toujours la conséquence mécanique d’un phénomène que l’on peut réparer « mécaniquement ». L’exclusion procède d’un cheminement compliqué qui, certes, peut trouver son explication dans une perte de travail ou un déchirement familial, mais peut aussi s’accompagner parfois d’un raisonnement ou d’un « irraisonnement » personnel. Dès lors, la tâche est plus délicate et confine à l’utopie. Il ne suffit pas d’offrir un logement à tous les SDF pour être sûr qu’ils l’occupent. Car la rue est quelquefois un aimant irrésistible pour ceux que la solitude oppresse ou que la « compagnie » terrifie. Nombre de places en foyers sont aussi inoccupées parce que des hommes et des femmes, pourtant dans le besoin, ont peur de cette promiscuité parfois agressive qui leur fait craindre les insultes, les bagarres, la saleté et le racket des maigres biens qu’ils possèdent.
Martin Hirsch, le président d’Emmaüs-France, a raison quand il parle d’objectif illusoire si l’on se contente de proposer des pansements pour cacher la misère là où il faudrait plutôt proposer des remèdes et des solutions. Il est pleinement dans son rôle quand il affirme qu’il faut s’attaquer désormais au problème des travailleurs pauvres qui viennent « gonfler » les effectifs des sans-abri. Car ils ne possèdent pas ce « revenu minimum d’existence » qui leur ouvrirait la porte d’un logement décent.
L’hébergement d’urgence est comme la société. Il a changé de visage. Il concerne aujourd’hui de plus en plus de jeunes et de femmes. Là où « jadis », il y a tout juste un « septennat », les moins de 24 ans représentaient 0,5% des personnes accueillies, on en compte aujourd’hui plus de 11%.
Mais la « communication » politique de droite et de gauche s’accommode mal de ces réalités qui dérangent. Elle a besoin de résultats tangibles et immédiats, d’images fortes qui réconfortent et d’objectifs qui rassurent. Elle n’est jamais aussi présente que lorsqu’il faut débattre sur les droits acquis et les régimes spéciaux. Car l’argent appelle l’argent et toujours en redemande. Mais, en vertu de ces droits et au mépris de ses devoirs, elle est alors désarmante et désarmée quand elle doit se confronter aux « abandonnés » de la vie. Elle répugne alors à voir ces tentes et ces attentes silencieuses qui témoignent chaque jour de ses gaspillages et de son échec… permanent.
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19.12.2006
MOITIE
Le fin du fin de la réflexion, le summum de l’intelligence a sans doute été atteint hier par François Hollande, en pleine période troublée. Ce dernier a, en effet, annoncé que le PS « reviendra sur toutes les baisses d’impôts sur le revenu qui ont été accordées sur les tranches supérieures du barème » depuis 2002, s’il arrive au pouvoir en 2007. En clair, ce « Robin des Bois » de l’IRPP veut reprendre aux « riches » ce qu’ils ne donnent déjà pas aux pauvres mais à la dette publique, détruire le bouclier fiscal plafonnée pourtant à 60% et promet même qu’il ne sera pas question d’exonération fiscale, même partielle, de la résidence principale. Bref, le Premier secrétaire du parti semble avoir oublié quelle est la main qui lui verse ses confortables émoluments et les règles élémentaires d’une saine gestion qui passe d’abord par l’augmentation du nombre des assujettis plus que par l’assiette d’une contribution. Mais il a peut-être quelques excuses et il n’aime sans doute pas Johnny Hallyday.
Il reste à espérer que la compagne de celui qui n’est que la moitié d’une candidate aura plus de lucidité et un autre raisonnement comptable. Et qu’elle penchera d’abord sur une remise à plat des finances publiques qui représentent sans doute la pire des « évasions » fiscales et des injustices sociales.
Le problème devra pourtant bien, un jour, être traité avec courage et détermination. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, tant à droite qu’à gauche. Et ce qui n’est jamais le cas en période électorale. Chacun attend toujours en effet, surtout ceux qui payent, la baisse de 30% des impôts sur le revenu promise, dans un excès de démagogie, par Le Président Chirac. Enfin, nul n’est dupe de la déclaration « malhonnête » du ministre de l’Economie parlant, hier, du futur prélèvement à la source et annonçant pour 2008 une « année blanche sur le plan fiscal ». Car, en fait d’année blanche, chacun doit savoir qu’il paiera sur la base de ses impôts de l’année précédente.
Toutes ces déclarations électoralistes de « bas étage » montrent bien que, sur ce sujet, le niveau de réflexion au sommet de la société française n’a guère évolué. Les partis politiques font de la dissimulation et de la propagande là où il faudrait faire de la pédagogie et de la transparence. Ils rivalisent d’effets d’annonce et de dénonciations pour éviter finalement d’avoir à se prononcer sur une réforme en profondeur qui risquerait de leur… « péter » au nez.
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18.12.2006
MIROIR
La personnalité de l’année, c’est vous, c’est nous, c’est moi. Du moins pour le magazine américain Time qui parait aujourd’hui et qui considère, à juste titre, que la grand révolution de l’année passée a été la montée en puissance des sites internet alimentés par nous, les usagers.
C’est vrai ! Désormais, chacun « contrôle » son information, choisit celle qui l’intéresse et délaisse le reste. Notre ordinateur est le « miroir » de nos envies, le canal de nos besoins et le tuyau de nos échanges. C’est même tellement vrai que l’on peut désormais « poster » nos films vidéo, sur YouTube ou ailleurs, éditer nos blogs et nos idées ou vendre le peu de biens qui nous restent. Chacun peut ainsi construire son univers virtuel, y rencontrer l’âme sœur ou la femme de sa vie, y lire et copier les grands hommes ou y raconter les pires « cochonneries ». L’homme de l’année, c’est l’internaute que nous sommes et le « monde » que nous construisons autour de nous. Avec ou sans pseudo.
Mais, paradoxalement, cette pseudo ouverture vers les autres et vers la connaissance universelle nous renferme. Notre tête-à-tête avec internet limite notre sens critique en nous épargnant toute confrontation. Devant notre miroir, nous refusons la contestation et zappons tout ce qui nous dérange ou nous contredit. Nous rêvons alors d’un monde imaginaire où, seuls, les mégaoctets auraient le droit de le disputer aux kilobits sans que nous ne nous en rendions vraiment compte. L’essentiel devient « ailleurs ». Dans ce que nous voulons qu’il soit et non dans ce qu’il est réellement.
L’internaute que nous sommes est « plongé » dans un océan de bulles et d’idées reçues qui tend à faire croire que tout est gratuit, que tout s’échange et que tout est possible. Pour peu que l’on dispose d’un peu de temps et d’une connection ADSL haut-débit. L’imagination le dispute alors à l’ignorance, chacun voulant oublier que l’internet n’est, en réalité, que le miroir que l’on alimente en savoir et en mensonges.
On en viendrait presque à rêver d’une autre personnalité pour l’année 2007 avec, pour une fois, un ordinateur qui sache dire… « non ».
17.12.2006
"JURIS PRUDENCE"
Principe de précaution oblige, les cellules de dégrisement vont bientôt déborder de fêtards alcoolisés, les urgences des hôpitaux vont crouler sous les admissions surnuméraires, les églises et les évêchés vont tenir table ouverte à chaque coup de sonnette. Sinon, la loi, dans toute sa rigueur et son humanité de circonstance, aura vocation à s’appliquer pour peu que le « désespéré » s’en aille noyer son chagrin dans le cours d’eau voisin. Aucun pompier, aucune ambulancier, aucun fonctionnaire de service public, de préfecture ou de mairie ne pourra plus bientôt croiser un « poivrot » sans s’arrêter. Sous peine d’encourir le risque d’être un jour accusé de « non assistance à personne à danger ». Dès lors que l’on reconstituera toutes ses rencontres et tout son emploi du temps par GPS et vidéo interposés.
Certes, on ne parlera pas, comme à Nantes, de « faux témoignage » et de « délaissement », mais le résultat sera le même.
La société doit donc s’habituer à devoir protéger ses membres non seulement contre les autres, mais aussi contre eux-mêmes. Que ce soit à titre définitif ou à titre provisoire. Quitte à multiplier cellules et structures d’enfermement, fourrières pour les voitures et ceux qui les conduisent.
Finalement, l’histoire de ces trois policiers nantais mis en examen pour avoir laissé dans un lieu quelconque « une personne incapable de se protéger compte tenu de son état physique » risque de faire couler beaucoup d’encre, à défaut de faire, en deux mots, « juris prudence ». Car cette catégorie de « personne » fait légion dans la jungle urbaine. Et il n’y a même pas besoin de faire la sortie des bistrots pour les rencontrer. Ce principe, appliqué tout bêtement, aboutira tout bonnement à vouloir désormais interdire les bords de Seine ou de Loire à tous les handicapés, adultes ou enfants, à priver toutes les femmes de jogging au bois à partir de 18 h 30, à démonter tous les jeux d’enfants dans tous les parcs et tous les jardins publics et privés. Pour ne prendre aucun risque.
Reste qu’il y a sûrement un distinguo à faire entre les incapables « structurels » et les incapables « conjoncturels ». Entre ceux que la nature a défavorisé et ceux qui mettent artificiellement leur vie en péril. Mais comment ? Alors que la société peine déjà à distinguer ceux qui n’en peuvent mais de ceux qui… n’en peuvent plus !
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