05.01.2007

SOUFFLE

medium_SGE.FGN55.040107161459.photo00.photo.default-512x352.jpgL’homme ne manque pas d’aplomb, mais le procédé est détestable. Non content d’avoir manqué de souffle, pour le moins, lors de son quinquennat, le président de la République a délivré, hier, un véritable discours-programme lors de ses vœux aux forces vives de la Nation. Et, en puisant sans vergogne dans les idées des uns et des autres, de la baisse de l’impôt sur les sociétés à la sécurité sociale professionnelle en passant par la participation des salariés, il a renvoyé socialisme et libéralisme dos à dos. Faisant un peu comme s’il voulait tracer une feuille de route impérative à ses successeurs. Qu’ils soient d’ailleurs de gauche ou de droite. Donneur de leçons à l’éternité des candidats sans jamais avoir eu le courage, en douze ans, de les mettre en œuvre ou de les appliquer.
D’aucuns diront que Jacques Chirac prépare sa sortie, mais on ne peut d’abord que regretter qu’il n’ait pas réussi son entrée. Et qu’il n’ait pas eu toutes ces bonnes idées plus tôt. Mais ne soyons pas dupes. Toutes ces « élucubrations » ne sont que baratin et poudre au yeux destinés aussi bien à contrer Ségolène qu’à mordre Nicolas. Le Président « mine » en quelque sorte le terrain, entretenant le suspense sur son éventuelle candidature, à 74 ans, et le mystère sur le bulletin qu’il déposera dans l’urne. En digne cousin ou petit neveu de Machiavel.
Jacques Chirac ne se fait pas, semble-t-il, à l’idée d’être hors-jeu dans la campagne présidentielle qui s’annonce. Ni d’être le spectateur de son propre déclin. Alors, tel un politicien « éclairé », le Président délivre des messages, philosophe à l’envi sur la société et ses évolutions possibles, plaide pour plus de justice et de modernité et cherche à « baliser » le terrain à quatre mois de l’échéance finale.
« Plus socialiste que lui, tu meurs » pourrait-on dire à entendre Jacques Chirac évoquer la nécessité pour les salariés de bénéficier des profits qu’ils ont contribué à créer et à prendre des « engagements » pour cinq ans. Mais il est bien tard, en cette fin de règne, pour redécouvrir le gaullisme et la participation, le socialisme de Jaurès et le pragmatisme à la Angela Merkel.
Le Président donne finalement l’image de quelqu’un qui ne supporterait pas qu’un autre que lui réussisse à sa place. Alors, il place la barre très haut, assigne des objectifs, stimule tous les appétits et multiplie les promesses. Sans ne plus tenir compte de rien, ni de la « faillite » du pays, ni de l’état désastreux de son service public. Sans se préoccuper de savoir si l’ensemble est réaliste ou si tout n’est qu’utopie. Il lui importe seulement de prendre le peuple à témoin. Histoire de pouvoir dire… demain qu’il était bien le meilleur… aujourd’hui.

04.01.2007

POLO

medium_pub.jpgIl est des combats « dérisoires » qui font sourire, mais qui réconcilient avec le genre humain. Ils montrent en tout cas que la mondialisation peut parfois avoir ses limites dès lors qu’elle touche à la fierté, voire à l’orgueil national. Il en est ainsi avec l’affaire Burberry qui, de l’autre côté de la Manche, tourne désormais à l’affaire d’Etat. Avec comparution en février devant une commission de la Chambre des Communes, menaces à peine voilées de « bannissement » et mobilisation quasi générale des « enfants de la marque ».
Thomas Burberry, le créateur, doit s’en retourner dans sa tombe. A double titre. L’apprenti-drapier de Basingstoke, n’aurait sans doute jamais imaginé un tel enracinement dans les consciences collectives, mais il n’aurait sans doute aussi jamais voulu, en 1856, s’installer en Chine. Comment aurait-il pu, en effet, songer, même l’espace d’un instant, faire fabriquer sa gabardine, son Tielocken, son trench et son tartan écossais dans l’Empire du Milieu ? Mais, les « héritiers » du groupe, qui ne sont ni les fils, jadis incapables, ni le groupe Great Universal stores, qui a désormais quitté la maison après 50 ans d’un actionnariat majoritaire fidèle, sont, semble-t-il, guidés par un mauvais génie. En l’occurrence, ils veulent délocaliser l’usine galloise de polos, installée àTreorchy . Avec, en prime, 300 ouvriers sur le carreau. L’affaire ne ferait pas si grand bruit si la firme n’avait fêté l’an dernier, avec faste, ses 150 ans d’existence. Et si elle n’était pas « fournisseur officiel » de la Reine, tout autant un label qu’une reconnaissance et une distinction.
Le projet de la direction a déjà été repoussé de trois mois, mais il menace encore. Alors, tout le monde fait pression, ouvriers, acteurs, comédiens et parlementaires. Même le Prince Charles est sorti de son flegme habituel pour s’enquérir de savoir si le gouvernement ne pouvait pas faire quelque chose. Enfin l’Eglise d’Angleterre « agite » ses millions d’actions comme autant de menaces face à ce crime de lèse-majesté qui choque tout autant le bas peuple que la royauté. La marque va devoir « prouver » qu’elle est déficitaire en restant au pays de Galles et non pas qu’elle peut gagner plus d’argent en vendant son âme à l’étranger. L’affaire est désormais devenue une question de déontologie. Mais tout porte à croire que « Burberry - London » ne sera jamais « Burberry - Pekin ».
Et il y a quelque chose de réconfortant de voir que, comme nous, parfois, mieux que nous, souvent, les Anglais puissent être autant… cocardiers.

03.01.2007

LIEN

medium_aceh2centreville440.jpgUne nouvelle fois, la Cour des Comptes met en lumière l’extrême différence entre la générosité des donateurs et l’emploi de leurs dons. Et, surtout, le manque criant d’information des donateurs. Mais, pire encore, après examen des comptes de 32 organismes ayant concouru à l’aide aux victimes du tsunami, elle constate que moins de la moitié de ces organisations méritent un satisfecit. Principales critiques : affectation top lente des dons et financement d’opérations… sans lien avec la catastrophe.
Certes, l’heure n’est plus à reprocher à certains de s’en mettre plein les poches ou de gaspiller l’argent dans des frais de fonctionnement douteux, comme jadis à l’Arc. Mais savoir, par exemple, que fin 2005, soit un an après la catastrophe, 85% des dons recueillis par la Croix-Rouge française n’avaient pas été utilisés est pour le moins inquiétant. D’autant qu’il en était autant, à 80%, pour le Secours Populaire. Ces deux organismes répondent, bien sûr, que des programmes ont été prévus jusqu’en 2010, et que la totalité des fonds recueillis sera employée, mais les Français avaient sûrement une autre notion de l’urgence quand ils avaient répondu en masse.
Apprendre également que Médecins du Monde a affecté, dès le départ, plus d’un quart des sommes recueillies par courrier pour le tsunami à d’autres causes est pour le moins choquant, sinon plus. Quant à l’ excuse suprême d’indiquer que les principaux donateurs ont été prévenus, un mois après, de cette décision, elle n’est pas acceptable et frise le détournement de fonds. Enfin on ne peut qu’approuver la Cour des Comptes quand elle fustige « Pompiers sans frontières » qui, sans vergogne, a réaffecté 24% des dons.
Ce rapport de la Cour des Comptes montre qu’il y a sans doute encore beaucoup de progrès à faire dans l’action humanitaire et qu’il ne suffit pas de vouloir aider, d’ouvrir un compte postal ou bancaire, pour être efficace et efficient. Il relève aussi, délicatement, la concurrence néfaste entre les ONG et soulève enfin le problème du manque d’engagements clairs, précis et contraignants des organisations vis-à-vis des donateurs. Bref, il semble indiquer qu’il y a désormais urgence à instituer une sorte de code de bonne conduite, un label certifié, pour la collecte et l’utilisation des fonds privés. Comme d’ailleurs pour l’utilisation des fonds publics. En clair, l’appel à la générosité doit avoir ses limites, sinon ses frontières, celles de… l’incompétence, du manque d’engagements et de transparence.

02.01.2007

PECULE

medium_SGE.BNZ98.181206160922.photo00.photo.default-512x340.jpgLe plus dur, les premiers jours, c’est de changer de date sans se tromper de chiffres. C’est d’être obligé de réfléchir là où l’on s’était habitué à ne plus penser. 2006, cela faisait parfois plus jeune, plus riche et plus facile. Il en est toujours ainsi avec les années paires. Avec 2007, il va falloir tout réactualiser, les CV, les présentations, les contrats, les négociations et les calendriers. Et puis s’habituer… A la hausse du forfait journalier hospitalier comme aux nouveaux tarifs des cliniques privées. A la refonte du barème de l’impôt sur le revenu comme à la hausse programmée de l’assurance habitation. Mais, paradoxalement, la liste des augmentations est un peu plus courte que d’habitude, enfin moins importante que prévu. Rien du côté de la Poste. Rien non plus question SNCF ou question métro. Aucun frémissement en provenance de gaz de France ou d’EDF. Il y a bien un bruit qui court sur l’augmentation possible du prix de l’abonnement France Telecom, mais personne n’a encore eu le courage de le confirmer. Et la redevance télé, hein ! Aucun bruit non plus de ce côté-là. C’en est même inquiétant. Enfin, question Sécu, pas trop d’inquiétude sinon la satisfaction relative de voir le plafond augmenter.
Bref, tout ce que notre petit monde français compte d’entreprises nationalisées, semi-nationalisées, publiques ou semi-publiques, « déguisées » privées ou en passe de l’être, semble se retenir et s’avouer finalement satisfait de son modeste pécule que l’on appelle aussi budget. C’est presque miraculeux. Mais cela n’a lieu que tous les cinq ans et n’a rien de vertueux.
Finalement, une année d’élection, c’est une année entre parenthèses. Les plans sociaux sont priés de se faire discrets ou d’attendre un peu. On y rase gratis ou presque. Personne ne touche aux impôts et nul ne s’avise à promettre misère. A quatre mois du scrutin, il ne faut désespérer ni Billancourt, ni Boulogne et Neuilly. Encore moins Narbonne ou Poissy. Car la victoire se gagne aussi en province et en banlieue. Par ces « petites choses » qui ne sont pas grand-chose, vues de Paris, mais qui représentent des tas de petites économies. Des petits tas comme des gros qui pèsent lourds dans la main qui vote.
A partir de maintenant, il va falloir promettre, mais pas trop, assurer, mais sans plus. Mais, surtout, il va falloir séduire, avec… excès.

01.01.2007

DEMAIN

medium_SGE.ELO34.311206154206.photo00.diaporama.default-480x277.jpgBonne année ! Puissions-nous tout oublier de 2006, jusqu’au discours convenu de Jacques Chirac, hier soir, pour repartir enfin du bon pied ! Et aborder l’année nouvelle avec un tas de bonnes résolutions. Comme ne plus fumer, par exemple, avant que la loi ne nous l’interdise. Comme ne plus dépasser la vitesse autorisée avant qu’un PV ne nous sanctionne. Comme, enfin, travailler à la sueur de son front avant que « les 35 heures » ne nous fassent crier grâce.
Chacun attend beaucoup de 2007. Des allocations, des promesses et du pouvoir d’achat. Du travail, moins d’impôts, moins d’Etat et des retraites. Reste à savoir ce que chacun est prêt à donner en échange. Un peu de temps, de la solidarité et de la citoyenneté ? Ce ne serait pas si cher payé finalement. Si encore, chacun prenait l’engagement, ce matin, au-dessous du gui, après la bise aux enfants et aux grands-parents, d’aller voter au printemps. Au deux tours de scrutin, bien sûr. Et pas « blanc », bien évidemment, puisque cela ne sert à rien et n’est même pas comptabilisé. Alors là, ce serait vraiment une bonne année. Une très bonne année. Qu’importe d’ailleurs le Président élu. Car il faudra bien qu’il gouverne au centre s’il veut rassembler.
Rassembler, le mot est à la mode. Il fait même peur tellement il est à la mode. On l’entend crier de tous côtés, depuis des lustres et une éternité, mais on ne voit rien venir. C’est pour « demain » peut-être. Pour quand les enfants seront grands. Pour quand la gérontocratie politique française aura « fait ses valises ». Pour quand « les poules auront des dents » comme on l’apprend à l’école. A quelle école ? Celle de la République ou celle des cités ? Celle où l’on rackette ou celle où l’on voudrait tous aller, sans carte scolaire ou carte d’identité ? Celle où l’on n’apprend plus à lire, mais à « fumer » et à jouir, enfin pour ceux qui le peuvent encore, ou celle toute mélangée des chef-lieu de canton, faite d’humilité et d’ancestrales traces de doigt sur les tableaux ? Parlons d’autre chose…
Car 2007, c’est déjà beau comme l’espoir et long comme l’espérance. Rien que de prononcer le dernier chiffre sept ne peut présager rien de mauvais. Car il symbolise tous les jours de la semaine et les pétales de rose. Il est tout à la fois la clé de l’apocalypse et de l’Evangile selon Saint-Jean. Mais s’il n’était que cela, ce millésime 2007 serait bien pauvre. L’année 2007 est plus qu’un chiffre, plus qu’un Champagne qui pétille, plus qu’un numéro de funambule. C’est aussi tout un programme. Il ne reste plus qu’à le… demander.