15.01.2007

NUANCES

medium_arton3553.jpgEt si l’on parlait désormais d’autre chose. Maintenant que le deux camps sont en place. Que Nicolas Sarkozy, comme Ségolène Royal il y trois semaines, ont installé leurs pions, leur chevaux, légers ou pas, leurs tours et leurs cavaliers sur l’échiquier. Maintenant que le chronomètre est prêt et que le compte à rebours va commencer. Il leur reste, certes, à déménager. A installer leur QG de campagne et à l’inaugurer. A peaufiner leurs affiches et leurs slogans. Mais le plus dur est fait. Tous deux, par des « primaires » qui n’en ont pas été vraiment, sont investis par leurs partis respectifs et ont pu se faire tailler leurs costumes de « Président ». Ségolène a choisi le blanc, Nicolas préfère le bleu. Les autres candidats n’auront que l’embarras du choix des couleurs restantes. Même si le rouge et le vert sont, semble-t-il, déjà pris, il leur appartiendra sûrement d’y apporter quelques nuances.
En attendant, les slogans commencent à fleurir. Mais entre le « pour que ça change fort » de l’une et le « ensemble, tout devient possible » de l’autre, il ne va pas rester beaucoup d’espace pour les derniers optimistes, ceux qui prédisent autre chose que les incantations au poing levé ou la simple réflexion sur les vertus du rassemblement. Quant à ceux qui annoncent périodiquement le grand soir et la révolution, il leur faudrait enfin interpeller les électeurs autrement que par des accents faussement amicaux de « camarades » ou de « travailleuses, travailleurs » pour pouvoir simplement être écoutés. Et pas seulement des oreilles écorchées.
Aujourd’hui, tout le monde va pouvoir gloser sur le « possible » ou le probable, sur le « ça » ou le moins que « ça ». Mais, pendant tout ce temps, la vie continue. Sans nuances. Avec ses hauts et ses bas, ces morts stupides sur la route près d’Amiens, ces enlèvements d’enfants à répétition, ses licenciements chez Arena ou ailleurs, ces promeneurs emportés par la tempête à la pointe du Raz. Mais peut-on encore parler de vie, de vraie vie quand on égrène les faits divers et les suppressions d’emploi comme le chemin de croix d’un long week-end en France. Et qu’on les met en perspective avec les 3,5 millions d’euros dépensés hier pour le demi-sacre d’un homme qui, seul candidat, n’en avait pas… besoin.

14.01.2007

APPARENCE

medium_1199.jpgIl n’est jamais trop tard pour bien faire. Mais il y a désormais urgence en France si l’on ne veut pas vieillir plus bête que l’ensemble de la moyenne. Et plus mal que l’ensemble de l’univers. Car, si l’on en croit la très sérieuse étude d’un institut canadien de recherche, le « Rotman Research Institute » de Toronto, la pratique du bilinguisme permet de retarder la sénilité bien mieux que les médicaments. Or, nous sommes, ici, toujours très loin du compte, question langues étrangères, malgré le déni séculaire des enseignants et les affirmations très satisfaites de l’Education nationale. D’ailleurs, en 2002, lors du dernier test d’évaluation réalisé dans sept pays européens auprès de 1.500 élèves de 15-16 ans, sur leur connaissances en Anglais, nos petits Français sont arrivés bons derniers. Bonnets d’âne derrière les Suédois, les Finlandais, les Norvégiens, les Hollandais, les Danois et même les Espagnols qui, pourtant, lors du précédent test en 1996, n’étaient guère meilleurs que nous.
Mais ce qui nous faisait et nous fait toujours un peu sourire, de médiocrité, risque désormais de nous préoccuper. Car si l’apprentissage des langues était, avant tout, un besoin culturel, il va devenir une urgence médicale. D’autant que l’observation de chercheurs canadiens, qui sera publiée en février dans la revue « Neuropsychologia », ne souffre d’aucune ambiguïté. Ils se sont en effet aperçus, après observation d’un groupe de près de 200 personnes venues consulter pour des troubles cognitifs, que les symptômes de sénilité apparaissaient quatre ans plus tôt, soit vers 71 ans, chez les personnes ne parlant qu’une langue que chez les bilingues. Et ceci, quels que soient leur niveau d’étude, leur sexe, leur milieu social ou leur pays d’appartenance !
Les plus fainéants d’entre nous diront que, contrairement aux apparences, nous sommes bien en avance. Car à défaut de parler couramment la langue de Shakespeare et la langue de Goethe, nous sommes passés maîtres, depuis des décennies, dans la pratique de la langue de bois. Tandis que d’autres, plus cruels encore, « langues de vipères » sans doute, ajouteront qu’avant d’apprendre à parler « étranger », il vaudrait d’abord mieux savoir… lire et écrire en français.

13.01.2007

CHAPEAU

medium_519248331.jpgMichèle Alliot-Marie aurait mieux fait de rien dire, de se taire et de rentrer dans le rang. Car il est de ces ralliements qui font éclater de rire, de ces soutiens qui font froid dans le dos et de ces engagements de la « 25ème heure » qui sentent « la soupe populaire ». Au nom de la « realpolitik » bien sûr. Ainsi, la ministre de la Défense, après avoir fait monter la « mayonnaise » pendant des mois, exacerbé les tensions, alterné menaces et déclarations, affirme aujourd’hui qu’elle veut aider Nicolas Sarkozy à « rassembler ». Après avoir tout fait pour diviser. Et ses déclarations, hier soir, sur « France 2 », avaient un rien de pathétique. On y voyait cette femme d’appareil, tel un général assiégé et au bord du gouffre, dresser le drapeau blanc de la reddition en prétendant que sa stratégie avait payé. On y contemplait une femme dite « d’honneur » qui, faute d’avaler son chapeau, prétendait se sacrifier « pour servir l’intérêt général ». C’est beau comme de la menthe à l’eau ! « Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » disait Lautréamont ! Beau comme la France ! Beau, mais si peu vrai, comme le pensait Boileau !
Voilà donc un nouveau discours à « installer » demain porte de Versailles, mais qui n’est pas plus crédible que l’ancien. Et qui, en définitive, pourrait même être embarrassant.
Car comment faire confiance à de tels politiques qui aiguisent les poignards en coulisses et, faute d’exécutants, finissent par s’embrasser à qui mieux mieux en se tapant dans le dos ? Comment croire demain à leurs discours de la morale et aux intentions pures.
L’élection présidentielle a toujours ceci d’intéressant qu’elle révèle les tempéraments, qu’elle montre les caractères trempés et qu’elle douche les autres. Elle a toujours excité les appétits, mais elle nécessite surtout des estomacs au dessus de la moyenne tant elle oblige les candidats à avaler des couleuvres. Et ce serait encore bien pire si l’on devait parler des… électeurs.

12.01.2007

STRATEGIE

medium_h_3_ill_784272_hollande-royal.jpgNicolas Sarkozy va devoir rapidement trouver la parade sous peine de perdre les élections. Car ce n’est pas une simple candidate qu’il a devant lui, c’est une sorte d’aigle à deux têtes dont l’une inquiète et l’autre rassure. C’est d’ailleurs fort bien joué. Ainsi, François Hollande a sitôt fait de s’en prendre aux riches, de promettre une hausse des prélèvements et la fin du « bouclier fiscal » que sa compagne joue l’apaisement et charge Dominique Strauss-Kahn d’établir un diagnostic sur l’efficacité de la dépense publique. Ségolène Royal apparaît donc comme « la » solution entre les positions dogmatiques des uns et des autres, tant de la part du PS que de celle de l’UMP, « le » seul compromis possible, « la » seule alternative crédible. Ce qui lui permet de briller à bon compte et de corriger le sectarisme de certaines propositions. Bref, la candidature socialiste aujourd’hui, c’est un peu Madame « Carotte » et Monsieur « bâton », l’un étant au service de l’autre.
Le ministre de l’Intérieur, quant à lui, incarne complètement les idées qu’il a initiées dans le parti dont il est le Président. La droite pure et dure et la rupture obligatoire, qu’elle soit « tranquille » ou pas. Ce qui, certes, évite les dissensions ou les dérapages, mais ce qui en réduit aussi singulièrement la portée. Enfin, ce qui semblait, hier encore, un avantage, pourrait bien devenir un inconvénient. Nicolas Sarkozy doit en effet savoir mieux que quiconque que ses seuls militants ou sympathisants ne suffiront pas pour le faire élire. Il va donc devoir composer un vrai programme de Président pour ratisser plus large, et, d’une même foulée, s’extraire d’un programme de parti. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, ou n’en donne pas l’impression tant il est englué par son propre appareil, qui va le plébisciter dimanche, et par le gouvernement dont il est ministre.
Il lui faudrait donc, semble-t-il, retrouver une certaine liberté, comme celle dont use et abuse avec talent sa concurrente et même un troisième « larron » nommé François Bayrou. Ce dernier progresse en effet chaque jour un peu plus, en dénonçant notamment la « machine à promesses », à son détriment et au risque de lui faire tout perdre. Mais cette « liberté » retrouvée passera obligatoirement par une démission de la présidence de l’UMP ou du gouvernement.
La gauche a donc aujourd’hui quelques longueurs d’avance question stratégie. Mais l’essentiel, comme toujours en ce qui concerne la Présidentielle, est de tenir… la distance.

11.01.2007

SOLIDARITE

medium_070107114329.etkjydok0_des-retraites-participent---un-atelier-internet--lb.jpgLa question des retraites et des régimes spéciaux risque bien d’empoisonner la campagne électorale car, jamais traitée au fond, elle revient inlassablement dans l’actualité. Elle sera ainsi, une nouvelle fois, aujourd’hui, au centre de toutes les discussions avec la remise au Premier ministre du rapport du Conseil d’Orientation des Retraites. En clair, le C.O.R. constate que la situation est plus dégradée que prévu et qu’il y a nécessité de rééquilibrer les comptes. Il prône notamment une augmentation de la durée effective de cotisation et une « mise à plat des différentes niches fiscales et surtout sociales ». Enfin, il plaide pour un retour à « l’égalité de traitement » entre les cotisants.
Bref, tout le monde a bien compris que les régimes spéciaux, Sncf, EDF-GDF, Ratp, mineurs, marins, clercs de notaire, militaires, parlementaires, sont montrés du doigt. Ils le sont d’autant plus qu’ils sont déficitaires pour la plupart et font appel au régime général ou à l'impôt pour combler leurs pertes.
La CGT a certes en partie raison quand elle affirme que les régimes spéciaux ne sont qu’une goutte d’eau dans le problème des retraites. Et qu’une éventuelle remise à plat ne suffira pas à combler le trou. Mais elle minimise à dessein les chiffres des personnes concernées, oublie quelques rentes de situation et, surtout, s’arc-boute dans une position de défense catégorielle bien loin de l’équité républicaine. Pour sa part, Force Ouvrière met en garde ceux qui veulent « monter les salariés les uns contre les autres », ce qui est l’éternel argument éculé, voire la menace à peine voilée, pour dissuader quiconque de réformer.
En clair, les syndicats, dont les plus gros bataillons se comptent bien évidemment parmi les régimes spéciaux et dans la fonction publique, veulent que l’on ne touche à rien et que le simple « pékin » continue à payer encore longtemps, par solidarité, pour que le roulant Sncf puisse partir à 50 ans. Mais on ne peut pas d’un côté avaliser la nécessité de faire travailler plus longtemps les seniors et « graver dans le marbre » un système qui permet à quelques-uns de cotiser moins, de partir plus tôt et de gagner plus. Ce qui dépasse l’entendement. C’est bien cette contradiction qu’il faudra résoudre. A moins de vouloir, encore une fois, reporter toutes nos dettes sur les… générations futures.