20.01.2007
PARRAINS
L’allongement éventuel d’une semaine du délai de récolte des signatures de parrainage pour l’élection Présidentielle est une fausse bonne idée. Elle devrait, certes, si elle est acceptée, faire plaisir à nombre de « petits » candidats qui, de Jean-Marie Le Pen à Olivier Besancenot en passant par Philippe de Villiers et quelques autres, peinent toujours à recueillir les 500 signatures nécessaires pour se présenter, mais elle est fondamentalement contraire à l’esprit de cette élection. Le scrutin présidentiel n’est pas en effet un scrutin comme les autres et il n’a pas vocation à permettre à chaque sensibilité de se compter. Il n’est pas non plus destiné à servir de sondage partisan. Enfin, l’éparpillement des candidatures ne sert pas la démocratie quand on sait que les trois quart d’entre elles n’ont d’autre but que de recueillir des subsides et les 5% des voix nécessaires au remboursement des frais de campagne.
La barre des « 500 signatures », que d’aucuns avouent avoir du mal à obtenir, ne devrait pourtant pas, théoriquement, être un obstacle majeur. Car plus de 47.000 élus, et pas seulement des maires, sont habilités à les délivrer. Le problème n’est donc pas de savoir s’il y a suffisamment de parrains « disponibles » pour permettre aux candidats de se présenter, mais s’ils sont suffisamment motivés pour le faire. En dehors du fait que certains adhérents de partis, dont le PS, ont reçu des consignes strictes, nombre d’élus ne remplissent pas leur devoir en cette matière. Ainsi, en 2002, sur les 36.700 maires de France, seuls 17.815 avaient parrainé un candidat. Soit moins de un sur deux. Et cette « abstention » devrait elle-même être « signalée ».
Enfin, il reste à savoir ce que l’on veut. Le seuil des 500 signatures avait été fixé en 1976 dans le but d’éviter les candidatures fantaisistes, type « Barbu » il y a quelques années. Ce qui n’a pourtant pas empêché, en 2002, l’émergence record de 16 candidats. A tel point que le Conseil s’est interrogé publiquement « sur le bien-fondé de règles de présentation dont le renforcement » n’a pas empêché un nombre sans précédent de candidats, comportant notamment « des inconvénients tant pour la clarté et la sincérité des opérations électorales… » et coûtant au total plus de 200 millions d’euros. Or, aujourd’hui, avec 44 postulants « déclarés » et quelques « sous-marins », on frise le ridicule et l’explosion des budgets destinés à cette élection, tant en terme d’impressions des bulletins de vote qu’en terme de matériel réglementaire d’exposition des professions de foi. Et quid enfin des temps d’antenne obligatoires à la télévision !
Autant dire donc que le projet Chirac-Villepin tient plus de la démagogie que du bon sens. Car, si tous les postulants ne seront pas sur la ligne de départ, ils sont déjà beaucoup trop à le… pouvoir. Ce qui ne s’appelle plus de la démocratie, mais de la… gabegie électorale.
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19.01.2007
MALADE
L’information tombe plutôt mal, ou bien, c’est selon. Le jour même où le tribunal correctionnel de Nanterre rend son jugement dans l’affaire de dopage au sein de l’équipe Cofidis, on apprend que Carlos Perreiro était soigné pour « asthme » durant le dernier Tour de France, qu’il a été contrôlé positif deux fois et que près de la moitié des coureurs du peloton bénéficiait d’autorisations à usage thérapeutique. Plus précisément, au moins soixante-cinq cyclistes avaient une ordonnance en bonne et due forme leur permettant d’ingurgiter salbutamol et terbutaline, budésonide et prednisolone ou autre « essence » médicamenteuse au gré de leurs pérégrinations. Bref, ce n’est plus une caravane de coureurs que les spectateurs ont vu passer l’été dernier sur les routes, mais une noria d’éclopés, de rhumatisants et autres bronchiteux chroniques venus chercher convalescence sur la grande Boucle.
L’histoire ne dit pas s’ils ont trouvé la forme au détour d’un lacet, en montagne ou en plaine, mais visiblement la performance leur a tous éclairci les bronches et effacé la mémoire. Nul en tout cas ne s’est plaint ou n’est retourné voir son docteur pour demander nouveaux cachets ou meilleure prescription. Ils ont tout juste été surpris à l’occasion d’un bénin « pipi », un soir de victoire ou de tirage au sort. A croire qu’ils avaient tous, ce jour-là, dépassé la dose prescrite « à l’insu de leur plein gré ».Mais ils ne se rappellent de rien ou ignorent tout.
Cette nouvelle affaire montre bien que le cycliste professionnel ne se nourrit pas seulement d’eau claire. D’aucuns ont sans doute de bonnes raisons de se soigner. Une ampoule par ci, une infection par là. Mais pas au point de se nourrir de molécules. Il y a donc lieu, encore une fois, de s’interroger sur cette visite médicale d’avant-Tour qui délivre des « bon pour la pratique du sport » à des assistés thérapeutiques comme autant de passeports à des immigrants en situation irrégulière. Le tout sous l’œil de caméras et appareils photos complices qui n’en finissent pas de détailler les performances physiques d’individus qui se révèlent plus tard comme autant d’insuffisants respiratoires ou de tuberculeux qui s’ignorent.
Le Tour de France, c’est finalement une sorte de pèlerinage de malades en quête « d’hauteurs ».
Et la morale de cette histoire est que, malheureusement, contrairement à ce que l’on pourrait croire, un coureur cycliste en bonne santé n’a finalement aucune chance de faire… carrière.
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18.01.2007
ORDINAIRE
Il n’est certes jamais trop tard pour bien faire, mais il l’est quelquefois pour rendre un hommage mérité, plus de soixante ans après les faits. Car nombre de ces 2.700 « Justes », dont on célèbre enfin la mémoire au Panthéon, sont aujourd’hui décédés et n’auront sans doute jamais compris que l’on daigne à peine leur dire « merci ». Oh, ils n’en demandaient pas tant et, pour la plupart, ne s’en glorifiaient pas, considérant leur geste comme une preuve d’humanité ordinaire. Sauf que, à cette époque, « l’ordinaire » n’était pas toujours d’actualité et que « l’extraordinaire » vivait caché !
Tous ces courageux anonymes ont sauvé des milliers de Juifs de l’horreur parce qu’ils considéraient qu’il était de leur devoir, avant tout, de protéger la vie humaine et d’aider leurs semblables. Ils avaient, chevillée au corps, cette notion de solidarité qui, parfois, nous fait défaut et, souvent, nous encombre. Ils étaient de ces femmes et de ces hommes qui refusaient la collaboration de l’Etat dans ce qui fut la déportation de 75.000 juifs français.
Aujourd’hui, le mot « devoir » est presque une grossièreté. La solidarité se conjugue au passé tandis que l’égalité et la fraternité se décrépissent au fronton des mairies. Pourtant, chacun ressent bien, en son for intérieur, ce besoin lancinant de retrouver des valeurs, cette soif d’une société nouvelle basée sur l’écoute, le travail et le respect des autres. Car nous sommes désormais arrivés à la croisée des chemins, à ce carrefour entre l’impasse et l’avenir qu’il nous faut négocier. Car l’autoroute des éternels assistés voit, chaque jour, son chantier se rétrécir et diminuer. L’égoïsme forcené de ces dernières décennies nous mène dans une impasse où il est de bon ton de réclamer encore, chaque jour, davantage sans jamais rien donner. Mais pour combien de temps ? « Toujours plus » a écrit François de Closets.
Aujourd’hui, chacun sait qu’il est plus facile de réclamer son dû que de le gagner. Hier, nul n’ignorait que la maîtrise de son destin nécessitait que l’on se prenne… par la main.
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17.01.2007
RECETTE
Quand on veut être transparent, il faut l’être jusqu’au bout. Et le couple Royal a raison de remettre les pendules à l’heure. Mais il ne faut pas dire pour autant, comme leur avocat, que la création d’une SCI est le meilleur moyen pour un couple non-marié d’acheter des biens en commun. Il existe nombre de formules plus simples, chez notaire, et moins contraignantes annuellement.
La création d’une SCI est en revanche un mode d’acquisition fort courant chez les contribuables les plus fortunés. Il facilite en effet la transmission du patrimoine sans les aléas de l’indivision. Car il est plus aisé de transmettre des parts que des biens. Il évite les problèmes d’estimation et il confère réellement un avantage fiscal, permettant par exemple de séparer le patrimoine professionnel du patrimoine privé et d’en déduire les intérêts d’emprunt.
Mais, en dehors de cette querelle de sous, d’arrières-sous et de sous-entendus, les électeurs que nous sommes seront ravis d’apprendre que la politique et son exercice ne sont pas toujours, comme certains veulent éternellement le faire croire, un apostolat de sacrifices et de désintéressement. En trente ans de vie dans le service public, ou au service du public, on s’aperçoit en effet que Ségolène Royal et son compagnon ont pu très largement se constituer un patrimoine intéressant. A l’égal d’un « capitaine d’industrie » et sans en avoir apparemment les « facilités », tant en terme d’évasion fiscale que de placements à l’étranger. C’est rassurant. Ainsi donc, la République permet à ses « meilleurs serviteurs », et nul ne peut douter de l’adjectif, de non seulement cotiser pour leur retraite, mais aussi d’économiser et de doubler, voire quadrupler leur capital de départ. On s’en doutait un peu pour Nicolas Sarkozy. On le sait désormais aussi pour Ségolène Royal et son bon François qui ont su ainsi mettre suffisamment d’argent à gauche pour ne plus avoir à compter. Sauf peut-être l’ISF.
Chacun aimerait sans doute avoir la recette, la bonne adresse et le mode d’emploi. Surtout les militants qui dépensent sans compter et ne sont jamais du bon côté du panier ! Mais ne rêvons pas ! La bonne filière, tout comme le discours de la méthode, relèvent, eux, exclusivement, du domaine… privé.
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16.01.2007
KLEINE SCHRITTE
L’Allemagne, dont on parle beaucoup moins depuis 15 ans, coût de la réunification oblige, est en train de reconquérir solidement sa place de leader en Europe. Elle a retrouvé tout son dynamisme de pays exportateurs et multiplie les investissements. Enfin, ce n’est pas une surprise si le bruit court désormais que la ville d’Hambourg pourrait récupérer la totalité de la chaîne d’assemblage des avions monocouloirs de la gamme Airbus. Il y a aurait certes dans cette opération une nette volonté de rationalisation de la production, après les problèmes de cet été, mais, aussi, semble-t-il, la reconnaissance de la qualité industrielle de nos voisins d’outre-rhin et, surtout, de leur valeur travail en hausse constante depuis plusieurs années.
L’an dernier, la croissance du produit intérieur brut de l’Allemagne aura atteint les 2,5%, soit près d’un demi point de plus que chez nous, et elle table encore, pour cette année, sur une progression de l’ordre de 2%, ce qui laisse rêveur. Quant au chômage, il a diminué de plus d’un million de personnes en trois ans pour se situer aujourd’hui juste en dessous de 4 millions.
Ainsi, sans bruit, sans tambours ni trompettes, la grande coalition d’Angéla Merkel entame sa reconquête de l’Europe. Ce qui ne va parfois sans douleurs. Actuellement, le pays doit absorber l’augmentation de 3 points de la TVA, de 16 à 19%, promise par la nouvelle chancelière lors de la campagne électorale, pour contribuer à l’assainissement des finances publiques et permettre une réduction des charges sociales. Cette augmentation, qui ne touche pas les produits de consommation courante, va cependant avoir des répercussions directes dans le domaine des transports et de l’énergie. Mais chacun sait que c’est pour la bonne cause. L’Allemagne, dont le déficit des finances publiques était encore de 3,7% en 2004 et de 3,5% en 2005, semble en effet retrouver un chemin plus vertueux. Alors que la France piétine encore sur les solutions à trouver.
La politique des petits pas, les fameux « kleine schritte », d’Angéla Merkel, n’a rien à voir avec le dogmatisme à la française. La Chancelière considère ainsi, par exemple, par simple pragmatisme, que seule une meilleure harmonisation entre l’Europe et les Etats-Unis, dans les mécanismes de régulation des marchés, des protections de brevets et de la définition des standards communs, peut renforcer les flux d’investissements et les échanges commerciaux. Bref, pour relever le défi de la mondialisation, elle semble plus croire en un grand marché transatlantique qu’en un seul marché unique. Et si c’était la grande idée de… demain.
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