30.11.2006

POLITESSE

medium_2006-11-29T222533Z_01_NOOTR_RTRIDSP_3_OFRTP-FRANCE-PRESIDENTIELLE-SARKOZY-20061129.jpgNicolas Sarkozy nous promettait une surprise. Elle n’a pas eu lieu. Non seulement, l’annonce de sa candidature était prévue, mais nul n’a eu besoin d’attendre ce matin pour en lire les raisons dans la presse régionale payante. Cette dernière s’est fait en effet, brûler la « politesse » par Libération qui a publié, dès hier soir, l’interview sur son site internet. Bref, opération communication ratée et, en prime, fureur des journaux de s’être ainsi fait doubler « gratuitement ». Quant aux derniers tenants de l’éthique journalistique, dont Sud-Ouest, ils se félicitent de ne pas être tombés dans le panneau d’une « information » qui n’en était pas une. Plus une…
On peut décidément être, ou vouloir être, un grand homme d’Etat sans savoir s’entourer de conseillers du meilleur choix. Car si ces derniers l’avaient vraiment été, ils auraient dissuadé le candidat éventuel de l’UMP de s’agiter ainsi un jour « anniversaire ». Car, quoique l’on en dise et quoique l’on en pense, les 74 ans de Jacques Chirac méritaient meilleur respect. Des conseilleurs d’une autre tenue lui auraient soumis quelques idées originales pour prendre de la hauteur et tourner le dos définitivement à la médiocrité ambiante.
Quitte à le laisser se présenter sans vraiment surprendre ni étonner, ils lui auraient suggéré de le faire avec panache. Comme, par exemple, de grimper au sommet du Mont-Blanc pour s’adresser ainsi aux électeurs, du haut du toit de la France, dévoilant ainsi l’amplitude de son regard et exaltant les vertus de l’effort. Mais tous ces énarques bien-pensants, qui ne connaissent la France que des Champs-Élysées, ont choisi La Boétie et un quarteron de journaux flairant la bonne affaire « exclusive », voire des ventes surmultipliées.
Sur le fond, les propos de Nicolas Sarkozy ont également déçu. On n’en retiendra que cette ambiguë formule de « rupture tranquille » qui sent tout autant la contradiction que la tentative maladroite de rassemblement. Certes, Nicolas Sarkozy dérange et, parfois, effraie. Mais à qui cela peut-il vraiment faire peur ? A tous les délinquants ? A tous les profiteurs du système ? A tous les idéologues des 35 heures ? A tous les spécialistes d’emplois fictifs ? A tous les créateurs d’impôts publics ? A tous les humanitaires des beaux quartiers qui, une fois la porte fermée, prônent l’immigration ouverte dans les cités ? A tous ceux qui pensent que l’on peut indéfiniment raser « gratuit » comme on le fait, à perte, depuis trente ans ?
Tous ceux-là, et bien d’autres encore, ne voteront pas pour lui. Quoiqu’il dise et quoiqu’il fasse. Mais au moins par intérêt, sinon par « politesse », là encore, Nicolas Sarkozy ne devrait pas oublier qu’il peut aussi tenter de conquérir tous ceux qui, à 30% au moins, n’en peuvent plus de ne pas voter ou de voter blanc. Tous ceux qui affirment n’avoir éternellement le choix qu’entre la peste et le choléra. Sans avoir, hélas, complètement tort. Car ce sont ceux-là, finalement, et pas les autres, qui feront… la différence.

29.11.2006

SAVOIR

medium_SGE.QBS62.281106163436.photo00.photo.default-397x512.jpgIl se passe pour la grammaire ce qui s’est déjà passé, il n’y a pas si longtemps, pour la lecture. Les enseignants jurent qu’ils n’y sont pour rien si les Français conjuguent mal et que, finalement, tout va pour le mieux dans cette matière. On en saura sans doute un peu plus, aujourd’hui, avec la remise du rapport Bentolila au ministre de l’Education. Mais il ne fait aucun doute pour personne, sauf pour quelques syndicalistes aux belles œillères, que les jeunes élèves « s’attachent » désormais moins au phrasé et à la forme de leurs écrits. A tel point que l’on se demande parfois s’ils ont appris un jour ce qu’était le « complément d’objet direct placé avant » et s’il est toujours d’actualité de ne pas faire de phrases sans verbe.
Etre ou avoir, telle est toujours la question de conjugaison dans les familles, mais beaucoup moins, semble-t-il, sur les bancs de l’école. Il suffit de lire les lettres de demande de stages ou d’emploi, les cartes postales envoyées aux grands-parents ou les dissertations d’avant ou d’après-bac pour « apprécier » le vent de liberté qui s’est abattue sur la grammaire de nos aînés. Au point presque de détruire l’oeuvre de Jules Ferry qui voulait, en généralisant la pratique scolaire de la grammaire, « unifier » l’orthographe au sein de la Nation. Hélas, il y a, sous notre latitude, autant de réformateurs que d’enseignants qui, sous prétexte d’intelligence, en oublient les règles de base et les fondamentaux. Aujourd’hui, si l’on en juge par les livres mis à disposition de nos chères têtes blondes, il est devenu iconoclaste de dire qu’un nom sert à nommer, qu’un pronom c’est « pour le nom » et que « un participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le mot auquel il se rapporte si ce mot est placé avant ». Car c’est vouloir faire trop simple là où il est de bon ton de complexifier.
Les résultats sont là. Et les faits aussi, honteusement précis et tristement douloureux. Aujourd’hui, à la fin du CM2, le quart des élèves ne sait pas lire. Et la majorité d’entre eux ne maîtrise ni l’orthographe, ni la grammaire, ni les conjugaisons. Sans parler du reste. Il faut donc en finir une bonne fois pour toutes avec certains idéologues qui professent que c’est « l’élève qui construit lui-même ses savoirs ». Car, faute de structures pour eux-mêmes, ces « éducateurs » inversent les facteurs pour les autres. Le linguiste Alain Bentolila les connaît bien pour les avoir déjà « dénoncés » depuis de longues années. Il sait tout le mal qu’ont pu causer tous ceux qui font des rappeurs de nouveaux Beaudelaire, s’émerveillent devant la pseudo-culture des cités et le langage « fleuri » des quartiers.
La grammaire, la simple grammaire, celle des débutants et des laborieux, celle des besogneux et des méritants, celle de nos pères et de nos enfants, attend un peu plus de « vertu » des enseignants. Qu’ils soient avant tout d’honnêtes et consciencieux pédagogues, des transmetteurs de « savoir », avant de rêver de l’air du temps, comme de simples… démagogues.

28.11.2006

MALADIE

medium_SGE.PTF28.271106183304.photo00.quicklook.default-178x245.jpgLe Téléthon n’a pas encore débuté qu’il y a déjà de la contestation dans l’air. Trois évêques sont ainsi montés au créneau, hier, pour, officiellement, réclamer la transparence sur l’utilisation des dons, mais, surtout, pour dénoncer diverses recherches sur les embryons humains. La hiérarchie catholique rejoint ainsi, avec certes plus de mesure, les critiques d’un certain nombre de ses ouailles qui crient à l’eugénisme et au tri malsain des embryons. Ce n’est pas vraiment une surprise, même si cette « querelle » intervient au plus mauvais moment, un peu plus d’une semaine avant l’ouverture de la manifestation. Alors même que toutes les villes, toutes les communes et toutes les campagnes battent le rappel de leurs troupes pour faire de ces deux journées d’appel à la solidarité des Français un vingtième succès financier.
Le sujet est trop grave pour le balayer d’un revers de main ou estimer qu’il relève seulement d’un intégrisme mal placé. La recherche sur les cellules, et plus particulièrement sur les cellules issues d’embryons surnuméraires, recherches autorisées depuis 2004, n’est pas anodine et soulève fort justement des questions d’éthique. Sans sectarisme ou jugements de valeur trop « simplistes ».
Le tri d’embryon est certes devenu indispensable pour lutter contre le cancer, mais il sous-entend toujours tellement de « manipulations » qu’il inquiète et inquiétera tout le temps. Du moins tant que la population n’aura pas la réponse à toutes ses interrogations.
Le diagnostic préimplantatoire, qui vise à « écarter » les embryons malades, en cas de prédispositions familiales, n’attire en lui-même que peu de critiques. Mais il reste toujours à savoir jusqu’où pourra se nicher la notion même de « maladie ». L’avenir n’est pas si loin où certains pourraient en effet avoir la tentation « d’écarter » des embryons porteurs d’obésité, de diabète, d’allergie, voire de vieillissement prématuré pour parvenir au mythe de « l’enfant parfait ».
Aujourd’hui, les travaux sur l’embryon sont un substitut à la méconnaissance, une étape dans la science pour mieux comprendre le phénomène complexe de la spécialisation des cellules souches entre le dixième et le quatorzième jour. Ce n’est nullement une fin en soi, un but à atteindre. Mais il faut encore l’expliquer et on peut espérer que ce 20ème Téléthon, saura enfin lui consacrer le temps indispensable entre deux chansons et deux exploits primaires. Histoire d’éviter les querelles de doctrine et les comptes d’apothicaire. Entre nécessaire et… surnuméraire.

27.11.2006

TUNNEL

medium_SGE.PKH22.261106181447.photo00.photo.default-512x345.jpgOn ne peut pas imaginer un instant que l’on ne puisse se mettre d’accord aujourd’hui entre créanciers pour sauver Eurotunnel. Et pourtant ! … Tout comme on ne peut pas croire que, dans trente jours, le tribunal de Commerce de Paris puisse placer l’entreprise en redressement judiciaire avant d’en prononcer la liquidation pure et simple. Une telle issue reviendrait en effet à « s’asseoir » définitivement sur 9 milliards d’euros de dettes, au grand dam surtout des petites entreprises « éternellement » impayées, et des actionnaires « trompés » jusqu’à l’os. Il n’y aurait plus alors, qu’à décider de « reboucher » le tunnel, en quelque sorte, pour éviter que le « trou » ne s’agrandisse.
Les deux tiers des créances sont détenues par des établissements financiers qui savent mieux que quiconque ce qu’ils risquent à ne pas trouver un accord. D’autant qu’ils sont très largement à l’origine de cet étranglement financier en ayant imposé des montages douteux faits de nouveaux financements et de refinancements. Car il faut savoir que la dette d’Eurotunnel est trois fois supérieure à sa capacité de remboursement et que la société est entrée dans un cycle sans fin qui l’oblige, faute de liquidités suffisantes, à toujours emprunter pour pouvoir rembourser les 430 millions d’euros d’intérêts annuels de la dette.
Les résultats commerciaux et le succès de cette ligne trans-Manche n’influent guère sur le problème. Si l’exploitation du tunnel sous la Manche est désormais rentable, elle ne permettra jamais de faire face aux obligations financières actuelles. Sauf à mettre des voyageurs sur les toits ou à les serrer à deux par siège. Au même prix.
On ne peut donc s’empêcher, à ce stade du dossier, de dénoncer le caractère peu vertueux des premiers investisseurs. Ceux-ci n’ont en effet, jamais joué le jeu de cette aventure humaine et industrielle. Contrairement aux actionnaires de bonne foi, aux grandes déclarations publicitaires de l’époque et aux envolées des premiers coups de pioche, ils se sont rapidement « délivrés » de leurs créances en les revendant à bas prix à des organismes de financement dont la raison d’être est seulement de récupérer au centuple et au plus vite leurs investissements. Il en est ainsi, notamment, des fonds de retraite qui n’ont pas vocation à s’éterniser sur les prêts qu’ils consentent.
Mais il est désormais trop tard pour faire marche arrière. Et, seule, une renégociation de la dette peut sauver l’entreprise. Même si cela doit se faire au prix de son capital et, comme toujours, sur le dos de ses… actionnaires.

26.11.2006

POMPES

medium_2006-11-23T203549Z_01_NOOTR_RTRIDSP_3_OFRTP-FRANCE-NOIRET-MORT-20061123.jpgPlus les jours passent depuis cette « foutue » date de jeudi, plus ses qualités augmentent. Plus les hommes parlent de lui, plus ils expriment le regret de l’avoir si mal connu ou pas assez. Trop souvent catalogué comme un « seigneur » ou comme un gentleman-farmer, ces compliments un peu réducteurs, Philippe Noiret aimait les chevaux, les chaussures, la campagne et les cigares. Oh, ces derniers, ils les voulaient gros. Gros comme lui, gros comme la vie qu’il dévorait à pleine dents, deux fois par jour, et que l’on voudra demain, enterrer, ô sacrilège, sous quelques pelletées de terre au cimetière Montparnasse. Là ou les caveaux sont tout petits, les allées bien étriquées et les cœurs recroquevillés dans un chagrin qui n’en finit pas… de heurter les graviers.
Philippe Noiret n’aimait pas les enterrements qui sont tout autant de défilés d’inélégance que de rassemblements de survivants. La seule qualité qu’il leur reconnaissait, c’est d’offrir à chacun le plaisir de partir en « grandes pompes ». Oui, en grandes pompes, bien cirées, bien luisantes comme cette autre passion qui le dévorait.
Philippe Noiret aimait Victor Hugo et ses semblables. Mais il est mort en « Alexandre » sans avoir toujours vécu en « Bienheureux ». Sans illusions sur la nature humaine, il l’entourait néanmoins de tendresse et de bienveillance. Comme doit le faire tout cancre éternellement reconnaissant aux autres de lui avoir laissé un peu d’espace pour y trouver sa place. Il avait pu alors y poser sa voix grave et veloutée, son image de révolté « dandy », sa nonchalance apparente, ses bretelles colorées, ses petits nœuds raffinés et ses 135 films d’artisan, soit un peu plus de deux par an. Ce qui n’est déjà pas si mal pour un prétendu « roi » fainéant.
Il était de ces hommes que l’on aurait aimé rencontrer. Et, même si l’on ne figure pas dans ses mémoires, qui paraîtront en 2007, l’on se plait de croire que l’inverse aurait été tout aussi vrai.
Quelle panache de laisser ainsi les autres fermer pour soi le livre de toute une… vie !

25.11.2006

HAINE

medium_SGE.OYB03.241106145437.photo00.photo.default-512x333.jpgBien sûr qu’il faut dissoudre les groupes de supporteurs violents. Et sans états d’âme encore. Au même titre qu’il faut mettre au ban de la société et expulser des stades tous ces groupes fascistes autoproclamés qui défilent drapeau au pied et mains gantés. Qu’ils s’appellent « Casus belli »… ou tribu Ka. Qu’ils se protégent ou non derrière le statut loi 1901. Le droit d’association ne doit pas en effet permettre tous les abus. Ni protéger indéfiniment tous ceux qui confondent, à chaque match du PSG, amour du ballon rond et amour du « baston ». Et encore moins leur donner « droit » à subventions et à tarifs réduits. Car, en l’occurrence, il ne s’agit plus de sport, ni de réunion ou même de manifestation. Il ne s’agit même plus de racisme ou d’antisémitisme, mais d’extrémisme. De cette haine de l’autre érigée en système et affichée sur les blousons, qui peut conduire à tous les drames. Tout le temps et à chaque instant.
Certes, pris séparément, les membres de ces groupes « armés » peuvent être, sans doute mais sans aucune certitude, de gentils pères de famille, mais, dès que la nuit est tombée, ils se transforment en bêtes furieuses et incontrôlées. Ils se croient tout permis comme s’ils trouvaient dans la violence un exutoire à leurs inhibitions quotidiennes. Jadis, le sport était justement destiné à accueillir ces jeunes qui, par une saine fatigue et le dépassement de soi, pouvaient faire « exploser » leur trop-plein d’énergie. Mais, désormais, chez certains, après 25 ans, il semble plus « marrant » de s’étriper que de « mouiller le maillot ». Plus « cool » de chasser juifs ou immigrés ou de se « faire un flic » derrière les tribunes que de suer sang et eau sur un terrain de sport.
Le virage Boulogne n’en est pas à ses premiers outrages. L’effet de masse et l’impunité aidant, une sorte de sentiment de puissance a envahi ses adhérents au-delà de toute tolérance. Depuis longtemps, déjà, très longtemps, les autres supporteurs et les riverains prennent bien soin d’éviter cette aile « droite » du Parc des Princes, ces barbares du stade qui agressent tout le monde, dégradent le mobilier urbain, s’en prennent aux voitures et à tout ce qui leur tombe sous la main. Il n’y a guère que le président du PSG pour prendre leur défense et déclarer à qui veut encore l’entendre que son « club n’est pas plus dangereux que les autres ». Mais cet autisme affligeant qui lui fait mêler indistinctement le bon grain et l’ivraie, pour le plaisir d’avoir raison, est indigne d’un dirigeant. Cette irresponsabilité qui, comme par hasard, se mue en propositions concrètes dès que l’on commence à parler d’argent, devrait inciter désormais les responsables des fédérations et les pouvoirs publics à sanctionner plus encore par le porte-monnaie des aveux tout aussi… terrifiants.

24.11.2006

VIE

medium_SGE.GMR16.220806144040.photo00.photo.default-512x335.jpgDu nord au sud et d’est en ouest, la mort rôde et ne nous épargne pas. Mais entre un espion qui meurt empoisonné par plus agent secret que lui, un homme politique libanais qui « paye » les meurtres de ses aînés, ou les fourberies de l’Histoire, un saltimbanque qui s’en va, nonchalamment, par « arrêt de l’arbitre », il n’y a guère que le choix de la « faux » qui diffère et l’âge, peut-être, qui sépare. Cet âge qui cache souvent bien des misères et des mystères.
Ainsi se termine une triste semaine qui met à mal les certitudes, les cœurs et la raison. Car la mort qui a fait sa moisson est devenue infinie tristesse qui nous laisse désemparés.
La mort ne procède jamais des mêmes causes, mais elle procure les mêmes effets. La mort est « assassine » quand elle tue par milliers, par centaines, par dizaines ou à l’unité, des femmes ou des hommes qui la combattent à longueur d’années. La mort est « impuissante » quand elle prétend tout régler. La mort est importune quand elle nous dérange en pleine activité. La mort est mensongère quand elle est, comme hier, à Beyrouth, prétexte à « rassembler » les communautés.
Mais la mort, cette « amante du soir, envoûtante et mystérieuse », comme dit parfois le poète, ce n’est jamais que la vie ! Avec, parfois, quelques nuances de… gris. Pourtant, écrivait Goethe, « l’image touchante de la mort ne s’offre pas à l’homme sage comme un objet d’effroi, à l’homme pieux comme un dernier terme. Elle ramène le premier à l’étude de la vie et lui apprend à en profiter. Elle présente au second un avenir de bonheur, elle lui donne l’espérance au milieu de ses jours de tristesse. Pour l’un et pour l’autre, la mort devient la vie ». Mais quelle vie ?… La vie brisée d’un supporter du PSG trop excité ? La vie terrorisée des « enfants » du Proche-Orient, d’Irak ou d’Afghanistan, cernés par les bombes, les mines et les « ayatollah » de toute sorte ? La vie déchirée d’un député du Liban qui rêvait d’une autre société ?
Une vie à jamais trop courte pour leurs familles et… pour l’éternité.

23.11.2006

TORTICOLIS

medium_SGE.OHV42.221106174452.photo00.photo.default-512x296.jpgQuand l’émotion submerge les cœurs, la réflexion est aux abonnés absents. C’est ce qui se passe aujourd’hui à Beyrouth où des milliers de personnes sont attendues pour rendre un dernier hommage à Pierre Gemayel, le jeune ministre assassiné. Tous les amis de la famille seront là, bien sûr, mais aussi tous ses ennemis, et ils sont nombreux, qui, au sein des milices et autres groupements armés, lorgnent éternellement sur le pouvoir. Avec eux, la France et nombre d’observateurs, par une sorte de torticolis tenace, désignent déjà Damas comme le coupable de cette tragédie. Mais cette unanimité est désormais trop flagrante pour ne pas être suspecte à son tour. Le front anti-syrien a, certes, quelques bonnes raisons « d’accuser » la Syrie, à chaque attentat et à chaque épreuve sanglante de ce pays déchiré par le confessionnalisme. Les opposants à la ligne très dure de Bachar al-Assad ont même aussi quelques preuves et présomptions à faire valoir, qu’ils gardent pour le futur procès des meurtriers présumés de Rafic Hariri, tué en février 2005. Mais, en dehors de toutes ces bonnes raisons et des preuves certaines, les opposants au régime de Damas ont aussi quelques intérêts bien personnels à défendre.
En fait, dans cette affaire, comme dans tout autre du même genre, dans cet Orient compliqué où les alliances se nouent bien souvent au prix du sang, il faut se demander à qui le crime profite.
Pierre Gemayel est le quatrième membre de cette famille chrétienne à avoir été assassiné, après Bechir, Maya, fille de Bechir, et Fouad Assouad, un cousin. Mais il serait trop simpliste de croire ou de vouloir faire croire qu’ils ont tous été victimes des Syriens. Pierre Gemayel, le jeune, était peut-être devenu gênant, même si les Palestiniens le haïssaient sans doute moins que son grand père du même prénom, fondateur des Phalanges de sinistre mémoire et ennemi juré des nationalistes arabes.
Au Liban, il faut, hélas, constater que « l’ennemi » est aussi intérieur qu’extérieur. Il suffit, pour s’en persuader, de regarder œuvrer les mouvements chiites Hezbollah et Amal qui soutiennent sans réserve Damas quand cela les arrange dans leur combat contre Israël. Il faut relire l’histoire de ce pays qui nous rappelle que les chrétiens avaient appelé au boycott des élections législatives de 1992 qui avaient porté, pour la première fois, Rafic Hariri au pouvoir. Enfin, il ne faut pas se laisser abuser par un cortège funèbre qui réunit « miraculeusement » aujourd’hui autant d’ennemis jurés que le pays compte de familles éplorées. Qui rassemble autour d’un cercueil innocent les partis musulmans, héritiers de Salim Hoss, les fils druzes de Walid Joumblatt ou les enfants martyrs des Forces libanaises de Samir Geagea.
Le drapeau libanais n’est plus que l’image d’un cèdre moribond dont chaque branche porte le nom d’un martyr et d’un combattant. Et cela continuera jusqu’à la nuit des temps tant que l’occident, en arbitre passif d’un vrai-faux désarmement des milices, se bouchera les yeux pour ne rien voir et ne rien… entendre.

22.11.2006

TENUE

medium_061121204655.qiieq7vx1_manifestation-de-pompiers---paris--le-21-novembre-b.jpgRien ne peut justifier ce déferlement de violences dans les rues de Paris ou d’ailleurs. Ni la garantie d’une retraite « décente » dès 55 ans, ni l’octroi d’une prime, ni l’excuse d’un uniforme, que l’on porte plus souvent pour sauver des biens et des vies que pour cogner des CRS, ni même une quelconque exaspération sociale. Et les syndicats qui permettent ou encouragent ce mode d’expression qui consiste, sous l’impunité d’un masque ou d’un casque, à se conduire comme le plus banal des voyous « ordinaires », en jetant pierres, éléments de chantier et barres de fer, devront un jour s’en mordre les doigts. Car la violence n’a jamais été la clé d’une négociation. Et, si elle le devenait demain, ce serait la porte ouverte à tous les débordements. Y compris pour eux.
Hier, certains pompiers de France et de Navarre ont confondu les genres et, si l’on se rapporte au manuel historique du capitaine Hamon qui fait figure de « bible » pour la profession, « sali » la tenue qu’ils portent. Celui-ci précise en effet, dans sa page 220, que « l’uniforme que la sapeur porte lui commande de ne rien faire qui puisse nuire à la réputation de son régiment, mais au contraire, de donner par sa tenue, son attitude, sa conduite, une haute idée du corps où il sert avec fierté ».
Hélas, hier, à l’heure de la dislocation du défilé, porte de Vincennes, certains pompiers ont mélangé revendications et bataille rangée et donné ainsi une piètre idée de la profession. Déjà, en cassant sur leur passage poubelles et palettes de bois, en lançant des pavés sur les forces de l’ordre, en ouvrant toutes les vannes d’eau et en gaspillant ainsi l’argent des contribuables, ils avaient dilapidé une partie de leur capital de sympathie. Mais, en voulant bloquer le périphérique, et ainsi nuire sciemment à la vie quotidienne difficile et « embouteillée » de milliers de parisiens, les agitateurs professionnels d’un jour ont « brûlé , de façon suicidaire, des années de considération. 600 éléments incontrôlés ont ainsi jeté l’opprobre sur une profession qui, au regard surtout de ses milliers de volontaires dévoués, ne le mérite pas.
En voulant imposer la loi du plus fort, quelques pompiers ont ainsi montré hier que les efforts de sélection, dans ce métier comme dans bien d’autres, s’étaient anormalement relâchés. Car ce qui était hier, pour tous, une vocation n’est plus aujourd’hui, pour certains, qu’un… alibi.

21.11.2006

TROUPES

medium_visuel_1.jpgUn véritable revenant ! Fantomatique pendant son mandat, il se transforme chaque fois en « apparition » à quelques semaines des élections. Jacques Chirac est de ces hommes qui se font oublier et ne travaillent que tous les cinq ou sept ans, là où c’est vraiment important. Il sera ainsi ce matin au congrès des Maires, porte de Versailles, où on ne l’avait pas revu depuis 2001. Et avant, depuis 1994. Il vient, dit-on, pour rappeler les « fondamentaux » de la République et de l’identité nationale. La belle affaire ! Comme si ces derniers ne devaient se décliner que périodiquement et non pas toute l’année. Comme si ces « valeurs » valaient moins qu’un vaccin anti-grippe et ne méritaient pas un déplacement annuel. Le chef de l’Etat a, certes, la République chevillée au corps, mais à temps partiel et à moment choisi. En intermittent du spectacle et en bateleur de foire. Triste exemple d’une démocratie sur le déclin où les institutions ont été progressivement détournée pour préserver de piètres intérêts.
Une fois de plus, les maires vont être « brossés » dans le sens du poil. On pourrait presque écrire à l’avance le discours du Président qui va leur parler de leur rôle « irremplaçable » pour la cohésion sociale. Jacques Chirac va faire, tour à tour, appel à leurs sentiments et à leur responsabilité, pour protéger les citoyens et défendre les services publics, pour animer cette France de la ruralité qui mérite de vivre et de se développer à l’égal des grandes villes. Le chef de l’Etat va retrouver des accents gaulliens pour motiver des troupes qui, dans les prochaines semaines, vont être choyées et sollicitées pour distribuer bons points et parrainages.
Mais nul ne viendra tenir aux maires le langage de la vérité. Leur dire qu’il sont devenus trop nombreux dans un pays où les distances ont été « rétrécies » par les moyens modernes. 36.000 « seigneuries » là où il en faudrait deux fois moins ! Non pas tant pour faire des économies, mais pour assurer des développements plus cohérents et avoir une vison globale des besoins. Leur dire qu’ils ont besoin de se rassembler entre communes déjà « collées » pour mieux servir leurs administrés. Leur dire qu’ils seront plus forts en s’associant pour peser sur les choix d’investissement. Leur prouver enfin que sacrifier leur poste n’est pas tuer la démocratie. Bien au contraire.
Mais Jacques Chirac n’est pas venu pour cela. Il est aujourd’hui Porte de Versailles comme il vient chaque année au salon de l’Agriculture. Pour serrer des mains, tâter le pouls des uns et des autres et, finalement, faire… campagne.

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