31.10.2006
SOURCE
A quoi pense donc le chef de l’Etat quand il déclare dans « Le Figaro » d’aujourd’hui que « tout est possible » pour la Présidentielle de 2007 ? A quelle nouvelle stratégie perverse se livre Jacques Chirac quand il se pose en arbitre du gaullisme et en donneur de leçons sur « l’esprit d’unité et de rassemblement » ? La veille d’un scrutin révèle toujours d’étranges tempéraments et efface bien des mémoires. Il est ainsi étonnant de voir combien d’hommes d’Etat « dissimulent », une fois tous les cinq ou sept ans, de sombres Machiavels. S’ingéniant à dresser les uns contre les autres, à diviser pour mieux régner, à semer le doute ou la rumeur et à s’auto-décerner des brevets de bonne gouvernance ou de moralité. C’est aussi tout le pari de la politique d’aujourd’hui qui consiste à savoir mentir à bon escient et à flatter éternellement courtisans et anciens combattants.
On en avait déjà eu l’illustration en d’autres temps, quand la gauche faisait programme commun et que son Président se défendait de toute compromission. Quand il était à l’écoute « téléphonique » de tous les Français et jurait sur le coeur qu’il était innocent. On en a encore aujourd’hui la parfaite démonstration quand il n’est pas une semaine qui ne nous plonge dans les abîmes profonds de la « Chiraquie », avec fonds secrets et petites économies. Le tout caché par de grandes idées et de pompeuses déclarations.
Car le « pouvoir » exige de ses laudateurs, comme de ses serviteurs, quelques sacrifices. Il impose de rappeler périodiquement aux électeurs que l’on existe. Et que l’on est à la « source » de toutes les améliorations. Aujourd’hui, le président de République, en parfait marionnettiste, entend bien montrer qu’il détient tous les fils de « la » solution, qu’il ne s’est pas passé un instant, durant son voyage en Chine, où il n’ait pensé à la France et que la nouvelle baisse du chômage ne tient pas de « l’opération du Saint-Esprit » . Il a ainsi délivré satisfecit et compliments, encouragements et avertissements.
Jacques Chirac applique à la France et aux Français de vieilles recettes qui ont fait leurs preuves. Avec, en conclusion, cette boutade qui n’en est pas une : « je souhaite que la majorité garde à l’esprit le vieux principe selon lequel l’union fait la force, et qu’elle agisse en conséquence ». Histoire peut-être de rappeler que les principes sont, pour lui, toujours d’actualité quand ils s’adressent… aux autres.
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30.10.2006
MISERE
Lula a encore gagné et le Brésil a réélu massivement son ancien ouvrier métallurgiste devenu Président. Pourtant, depuis 2002, le pays n’a pas vraiment changé. La corruption fait toujours rage et la croissance n’a pas vraiment décollé malgré une excellente année 2004. Luiz Inacio Lula da Silva a, pour l’instant, échoué dans son programme de réforme. Mais il a su, habilement, lors de son mandat et de cette campagne, jouer sur les peurs de l’avenir, surfer sur cette crainte du chômage et de remise en cause du programme « Bourse famille », initialement appelé « Faim zéro », qui profite à 11 millions de familles démunies. Le président Lula a finalement été réélu par la misère des gens, par tous ceux qu’il a « sauvé » grâce à l’augmentation significative des prestations sociales. Et c’est déjà pas si mal.
Il s’agit donc de la victoire « pragmatique » d’un candidat dont la politique des « petits pas » a, certes, pu décevoir les classes moyennes, mais l’a assuré du vote d’un prolétariat majoritaire parmi 125 millions d’électeurs. Cette stratégie ne manque pas de panache car Lula avait, ces derniers temps, tout contre lui, les commissions d’enquête parlementaires, l’hostilité permanente de la presse et la pugnacité des candidats de l’opposition. Et même… son propre parti, le parti des Travailleurs, dont des membres influents viennent d’être arrêtés piteusement, il y a une dizaine de jours, dans une chambre d’hôtel de Sao Paulo, avec 600.000 euros en liquide destinés à acheter on ne sait quel dossier compromettant.
Paradoxalement, Lula, l’ex-syndicaliste, est sorti presque indemne de tous ces « traquenards ». Son passé d’ouvrier semble tout lui excuser, ses erreurs comme ses maladresses. Chacun dans le pays veut bien croire que « le protecteur des pauvres » ne savait pas, qu’il a été « trahi », trompé par ceux qui l’entouraient lors de son premier mandat. Victime finalement de son inexpérience et de sa générosité.
Mais aujourd’hui, Lula devra, encore et encore, travailler à reconstruire le pays. Il lui faut absolument donner un supplément d’âme à ce territoire de près de 190 millions d’habitants qui, fier de célébrer un nouveau mythe à l’égal de celui du « roi Pelé », rêve désormais de « couronner » un… vrai Président.
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29.10.2006
CIBLE
L’actualité aurait dû être, ce matin, de ne parler que de la course du Rhum. De ces fantastiques voiliers qui, aujourd’hui alignés pour le départ, rêvent tous de s’envoler vers la victoire. A contre-courant de la vie et de la fureur, parfois, des océans. La marine à voile nous ramène ainsi, périodiquement, à l’« essentiel » de l’homme qui doit compter avec les éléments, dompter éternellement sa peur et ses angoisses, dominer ses crises de découragement et suivre sa route au fil du temps. Mais l’actualité est en deuil. En deuil d’amour et de légèreté. Elle s’est déplacée tristement d’un port à l’autre, d’un univers de beauté à un vulgaire rond-point de quartier, quittant Saint-Malo pour Marseille et la lumière pour les ténèbres. Tout cela parce qu’une poignée d’imbéciles, toujours la même et « clonée » désormais par milliers sur tout le territoire, a encore voulu jouer avec l’impunité de l’air du temps. Et avec la… vie des gens. Ce matin, une jeune femme de 26 ans se débat pour survivre dans un chambre stérile anonyme des hôpitaux de Marseille. Et même si elle en réchappe, elle portera à jamais les brûlures et stigmates de cette violence « ordinaire » à deux pas de chez elle, de ses amis, de ses parents.
Cette « irakisation » des banlieues, où l’on érige maintenant des stèles pour des enfants qui se sont stupidement électrocutés pour avoir fui devant la police, et où l’on se contente de serrer la main des victimes ou de leurs proches, sans statue ni couronnes, ne devrait plus avoir « droit de cité ». La tolérance zéro a, certes, mauvaise presse, et est difficile à réaliser. C’est une méthode musclée qui n’a ni la faveur des « éducateurs », ni celle des libertaires, pour qui il faut souvent que la « chienlit » prospère. Et encore moins celle de certains magistrats qui, « instruits » par des pamphlétaires de l’ordre et de la justice, semblent toujours s’excuser de devoir prononcer des sanctions. Mais il est pourtant nécessaire de rétablir l’ordre et la justice pour pouvoir espérer, un jour, venir à bout des agressions et des discriminations. Car c’est le seul vrai moyen d’apaiser les tensions et de supprimer le racisme qui se fait jour à chaque apparition de « cagoule » ou de pantalon bouffant. C’est aussi l’unique manière de « casser » cette image des cités perdues condamnées aux tags, aux cambriolages, aux dégradations, aux incivilités et au verre brisé. Comme si elles n’avaient pas déjà assez de se battre contre le chômage et les difficultés du quotidien. C’est en tout cas le seul moyen d’éviter de nous rapprocher d’une dictature où il faudra, demain, justifier de son identité pour sortir dans la rue.
En « attendant », chaque voyou impuni d’aujourd’hui nous « désigne » comme nouvelle ou prochaine cible. Et nous assure tempêtes et déchirements plus sûrement que les caprices du temps. Des Minguettes à Bobigny, comme de Marseille à… Saint-Malo.
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28.10.2006
DEBAUCHE
Il est, heureusement, des évènements pour nous sortir de la morosité hexagonale. Pour nous extraire des bus de banlieues et nous distraire des jurys populaires. Le salon du chocolat est de ceux-là. Annuel et de bon goût, il célèbre depuis douze ans la finesse des artisans de toutes les couleurs et de tous les pays. Aujourd’hui, pour l’inauguration, près de 400 « experts » venus d’Allemagne, de Belgique, du Canada, du Japon, de Syrie et d’ailleurs, vont présenter leur « richesse » au monde entier. Et c’est de l’or en barre. Qu’il soit noir ou blanc, café au lait, fourré ou délicieusement truffé, le chocolat abolit les frontières et satisfait tous les palais. Il réconcilie frères ennemis, produit national brut et exportations. En apparence, parfois, car il aiguise aussi les appétits et provoque des guerres des prix. On meurt encore dans le monde pour le cacao, comme en Côte d’ivoire ou au Venezuela.
Mais l’heure est aujourd’hui à la délectation, pas à l’affliction. Et toute cette débauche de gourmandise va enchanter la porte de Versailles à Paris pendant cinq jours. Avec, en prime, des défilés de mannequins à « lécher », tous les jours à 16 heures. Sauf le lundi. On ne sait d’ailleurs pas pourquoi on ne peut « déguster » de ce chocolat « habillé » le lundi. Ce n’est ni jour de shabbat, ni carême prieur. Ni même un reste de ramadan. Peut-être un dernier sursaut des 35 heures qui obligeraient artisans et ces dames à fermer bouches et comptoirs ? Reste que, les autres jours, tout le monde sera là. Spectateurs et producteurs, voyeurs et amateurs. Tous à espérer secrètement que des projecteurs trop puissants fassent fondre qui, une épaule, qui un tour de hanche trop aguichant.
Le chocolat a de ces vertus que la morale ne réprouve pas. On peut non seulement le manger des yeux, mais aussi le manger tout court. Avec même des alibis tout trouvés quand on sait que les bénéfices du coffret d’anniversaire vendu à l’occasion de ce salon seront reversés à l’association « La Voix de l’enfant » parrainée par Carole Bouquet.
Non ! le chocolat, le vrai, le pur, le dur, le moelleux et « l’affectueux » ne fait pas grossir. Il fait seulement gémir de plaisir, hurler de contentement et se pâmer de ravissement. Comme, jadis, Madame de Sévigné. On l’aspire goulûment, tendrement, lentement avec cette ivresse des moments rares que l’on ne veut pas, pour une fois, partager.
Il y en a six tonnes à déguster. Mais attention aux contrariétés car, sur 14.000 m2 d’exposition, cela ne fait pas beaucoup de carrés… par personne.
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27.10.2006
BOUTEFEU
Assez, assez ! Assez de parler de « commémoration », d’ « anniversaire » ou de « célébration ». Assez d’entendre les médias jouer au « pousse-au-crime » en rappelant toutes les cinq minutes que, il y a tout juste un an, la banlieue brûlait de tous ses feux. Comme s’ils regrettaient que l’automne 2006 soit beaucoup moins animé qu’octobre 2005. Assez, enfin, d’hypocrisie et d’apitoiement sur ces voyous des temps modernes qui ne pensent qu’à jouer au Far West pour donner un « sens » à leur vie terriblement privée de repères, de famille, de patrie et d’emploi.
Les « nouveaux » journalistes font un drôle de métier quand, en panne d’actualité, ils tentent de susciter des mouvements de masse qu’ils ont jadis dénoncés. Les journaux, radio et télé contribuent dangereusement à entretenir la tension quand ils s’en vont interroger les « caïds » des cités, anonymat préservé, pour leur demander s’ils ont « oublié » Zied et Bouna, les « martyrs » de Clichy.
L’information est ainsi aujourd’hui perverse quand, tout en prenant bien soin de ne pas se transformer en actrice, elle n’attend plus de jouer les témoins et s’impatiente de voir le calme régner, alors que toutes les plaies d’un drame ne sont pas encore refermées.
La tentation est certes forte de susciter le mécontentement, d’interroger sur ce qui a changé tous ceux qui n’ont rien fait, de faire pleurer les frères et sœurs des « électrocutés » en leur demandant si leurs amis ne sont pas morts pour rien. Mais il ne s’agit plus alors d’information, seulement d’un spectacle de piètre qualité et de théâtre d’ombres. Les réponses sont ânonnées et « soufflées ». Les réactions sont prévisibles et « dirigées ». Les émotions sont feintes et « répétées ».
C’est vrai que l’on parle plus facilement d’un train qui n’arrive pas à l’heure que d’un as de la ponctualité, selon la formule consacrée, mais ce n’est pas une raison pour « souhaiter », « inspirer », « espérer » que, chaque année, à heure dite, quand micros et caméras sont tendus, à l’affût de tout dérapage, l’express de 20 heures déraille en direct. Quitte à mettre… des pierres sur la voie.
La banlieue française, et surtout celle de l’Ile de France, n’a pas besoin de boutefeux supplémentaires. Elle compte et entretient en son sein suffisamment de maladies et de misères qu’elle a plus besoin, pour éviter la contagion, d’un traitement de choc, d’un plan Marshall, que de pompeux et irresponsables… thuriféraires.
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26.10.2006
CAGOULE
Cette nuit, deux nouveaux bus de banlieue ont brûlé, l’un à Nanterre, dans l’ouest de Paris, l’autre à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis. Les passagers ont tout juste eu le temps de s’en aller, mais, visiblement, ils n’étaient pas visés. Tout comme ils ne l’avaient pas été, dimanche dernier, à Grigny. Mais ils ont eu peur et, surtout, ils ont dû regagner leur domicile à pied, en pleine nuit, au bout du bout de la cité, sans autre protection que la lumière de quelques lampadaires pas encore cassés. Il va d’ailleurs falloir qu’ils s’entraînent ou qu’ils s’entraident, entre voyageurs de la nuit tombée, car demain ou dans les semaines qui viennent, plus aucun chauffeur de la Ratp n’acceptera de desservir ces coins « paumés ». Déjà, le président des transports intercommunaux de l’Essonne a décidé d’avancer l’heure de la fin des services dans son département et de contourner les quartiers sensibles. Bientôt, à ce rythme-là, seules, les voitures blindées oseront circuler la nuit dans certaines zones de l’Ile de France
La mise à feu des bus de banlieues est donc le nouveau jeu à la mode de certains quartiers. Il est vrai que ces véhicules brûlent plus longtemps que les voitures et que les « feux de joie » de toutes ces équipées sauvages entretiennent l’amitié. Tous ces incendies font peur aux gens, enracinent le sentiment d’insécurité et attirent police et pompiers, ce qui fait de nouvelles cibles toutes trouvées. Et, pendant ce temps, le trafic continue, la « came » peut circuler et le marché parallèle s’organiser.
Chacun d’entre nous peut ainsi constater, chaque jour, à la lecture des journaux, que la mansuétude populaire, le laxisme judiciaire et des « tonnes » de bons sentiments ont sans doute fait plus de mal au pays que des années d’incurie politique et budgétaire. A ignorer, pendant des lustres, les problèmes de petite délinquance et d’insécurité, volontairement « camouflées » sous de faux prétextes de couleurs de peau ou de culture différente, on a laissé créer, s’organiser et se perpétuer des îlots de malfaisance, de véritables universités de la rapine et de l’agression. Et désormais, aujourd’hui, lorsque l’on s’avise de vouloir « taper dans la fourmilière », on s’attire non seulement les foudres de tous ces diplômés « es cagoule », qui encombrent les rues, mais également les condamnations de tous ces « bien-pensants » de la vie qui crient à la persécution policière. Il est de bon ton d’estimer qu’il faut « occuper » la jeunesse de ce pays et d’accuser l’Etat de ne pas assez nourrir ses « enfants ». Mais l’inverse est aussi vrai. Et peut-on encore parler d’enfants quand, au jeu du policier et du voleur, la panoplie de jeune brigand intègre désormais parpaing et barre de fer !
Dans tous ces quartiers, l’humanisme a fait place à la tyrannie. Celle de « la rue » plus que celle de la police. Celle de « l’impuissance » plus que celle de la justice. Et nous en sommes tous… coupables.
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25.10.2006
TRAHISON
Le choix était difficile, hier soir, à la télévision. Encore plus que la veille. Mais, finalement, il valait sans doute mieux regarder la seconde partie du documentaire consacré à Jacques Chirac que le vrai faux-débat entre les « Présidentiables » socialistes. On a en certainement plus appris, en effet, en deux jours sur France 2, qu’en deux fois deux heures de soliloques à trois voix sur la chaîne Public-Sénat. Mais quel enterrement de première classe ! Le président de la République est apparu tour à tour séducteur et manipulateur, menteur et dissimulateur, tricheur et calculateur, politicien et cabotin. Bref, un vrai chef d’Etat pour qui l’essentiel aura toujours été la conquête du pouvoir sans jamais avoir été celle de la défense du citoyen. En vrai « chevalier de l’opportunisme » comme le dit un peu cruellement Raymond Barre au cours de ce film réalisé par Patrick Rotman.
Mais, à l’heure du bilan, cette version raccourcie de toute une vie consacrée à écarter ses concurrents, quitte à leur marcher sur les pieds, voire plus, à se jouer de tous les obstacles, y compris juridiques et judiciaires, le condamne plus sûrement que tout autre discours à « disparaître » demain de la scène politique sans tambour, ni trompettes.
Jacques Chirac restera dans les mémoires comme un formidable « animal politique », mais l’emploi du futur ajoute encore un peu à la « trahison ». Car il est assez triste de constater qu’un homme est tellement aujourd’hui à la tête de son pays qu’il est déjà… remplacé dans tous les esprits.
Hier soir, à l’issue du téléfilm, pendant le débat, il n’y avait plus vraiment que François Baroin, maire de Troyes et ministre par amitié de l’Outre-mer, ou vice versa, à défendre Jacques « Chirouette ». L’on retiendra toutefois que tout le monde s’est accordé à louer la chaleur humaine du Président, son goût de la plaisanterie, son amour de la chère et de la bonne bière. Sa part de « lumière » a même été injustement amputée de quelques « lampions », de David Douillet au dernier champion de sumo. Son rayonnement au sujet des arts premiers, notamment, a été un peu oublié. Comme si l’homme avait déjà fait place à cette part « d’ombre » qui plane sur un combat dont il ne… sera pas.
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24.10.2006
OURAGAN
Ce n’est pas une tempête qui s’est abattue hier soir sur l’ouest de la France, c’est un véritable ouragan. Un peu à l’image des tous ces vents contraires qui accablent désormais le gouvernement depuis quelques mois avec la multiplication des affaires, Clearstream en tête, et la montée des mécontentements, banlieues et prétoires en prime.
Aujourd’hui, Jacques Chirac aurait sûrement préféré que son voyage en Chine soit avancé de quelques jours plutôt que d’avoir à arbitrer entre un ministre de la Justice qui a peur de son ombre et un ministre de l’Intérieur qui, lui, « tire » nettement plus vite. Lucky Luke n’est pas une bande dessinée, il existe encore ! Et Nicolas Sarkozy l’a rencontré. Pour le plus grand dam, sans doute, du chef de l’Etat qui se voit ainsi contraint, presque obligé, de respecter sa promesse. Même s’il est souvent passé maître en la matière pour transformer de grandes envolées en strict minimum.
Tous ces atermoiements, ces espoirs déçus et ces réformes bâclées font le bonheur des « radicaux », de tous ceux qui prêchent une « révolution » républicaine, en dénonçant le manque de courage de nos représentants, et de tous ceux qui estiment que la classe politique est « pourrie » jusqu’au bout des ongles, plus prompte à s’auto-amnistier qu’à se réformer. Elle fait aussi l’affaire d’un juge Burgaud qui, utilisant à son profit toutes les subtilités du Droit, a pu, hier, selon Europe 1, grâce à ses avocats payés par le contribuable, faire retirer, comme éléments à charge, les 1.600 pièces du rapport de la commission d’enquête parlementaire. Si l’information est confirmée, cela voudrait dire que le CSM a considéré « souverainement » que les auditions du juge devant les députés et sénateurs ne valaient pas plus qu’un chiffon de papier. Qu’une discussion de bistrot ou une querelle de salon de thé.
Comment s’étonner alors que les banlieues se révoltent, que les condamnés pour alcoolisme ou vitesse inconsidérée ne respectent pas ceux qui les arrêtent ou que les « corbeaux » de quelques-unes de nos grandes entreprises n’arrêtent pas de chanter ?
Le corporatisme des magistrats n’a d’égal que celui des élus. Ou, parfois des syndicats quand ils s’estiment « autorisés » à prendre les usagers des services publics en otage pour faire aboutir leurs revendications. Chacun se croit ainsi, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation, au dessus des lois. Et, désormais, tout le monde veut… les imiter.
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23.10.2006
CASTE
Pascal Clément joue sur les mots plus sûrement que sur les projets de réforme de la Justice dont il a la charge. Et si, hier soir, sur France Info, il a « juré-craché » qu’il n’avait jamais dit vendredi qu’il retirait le texte sur la responsabilité des juges, il en a suffisamment donné l’impression pendant deux jours et un discours pour ne pas passer aujourd’hui pour un vulgaire « parjure ». Car lorsque l’on annonce que, sur ce point précis, « la réflexion va se poursuivre », c’est bien pour dire que le texte n’est pas mûr et ne sera pas présenté, trois jours après, en Conseil des ministres.
Il est triste de voir ainsi un Garde des Sceaux, ancien avocat de surcroît, se mélanger les « pinceaux ». Au point de se trahir deux fois ou de se tromper de lecture de ses propres déclarations. Au point de se mentir à lui-même et de faire que le Premier ministre s’en mêle. Au point d’avoir laissé dire sans réagir, au Congrès de l’Union Syndicale des Magistrats, à Caen, que la commission d’enquête parlementaire sur le désastre d’Outreau avait été « une commission spéciale d’instruction disciplinaire ». Au point enfin d’avoir « consenti », car qui ne dit mot consent, à entendre que les magistrats avaient été, dans cette affaire, des « coupables à tout prix », de « la chair à canon médiatique pour artilleurs populistes et démagogues ». Alors que des « innocents », des vrais cette fois, ont payé de leur temps, et, pour l’un d’entre eux, de sa vie, les errements procéduriers et bornés de quelques représentants d’une corporation qui ne veut rendre de comptes à personne. Et que d’autres, tel le juge Burgaud, ont bénéficié, dans un premier temps, d’une… promotion.
Il y aurait ainsi des hommes au-dessus des lois, « intouchables » de droit divin, qui peuvent briser la vie des autres sans être « responsables ». Il existerait ainsi une sorte de caste de grands prêtres, en robes longues et gants blancs, qui ne serait soumis qu’au jugement de Dieu. Avec, en prime, un Garde des Sceaux qui ne pourrait s’y opposer. Et qui, pour cause de campagne électorale, renoncerait à une réforme qui s’impose déjà depuis la nuit des temps.
La modification du Conseil supérieur de la Magistrature s’impose. Tout comme l’élargissement de la responsabilités des magistrats. Et pas seulement depuis qu’un juge du tribunal de Grande instance d’Angoulême se soit fait surprendre en train de se masturber en pleine audience, le 15 octobre 2003. Pas uniquement parce que ce magistrat a été exempt de toute sanction ou révocation en raison de son « absence de discernement et de contrôle de ses actes ». Mais parce que l’on sait au moins, depuis ce jour-là, qu’un jury « collégial » ne peut toujours qu’absoudre et jamais… juger.
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22.10.2006
VERBE
« Y a qu’à », « faut qu’on ». Laurence Parisot est venue fort à propos, cette semaine, rappeler aux hommes politiques, et plus particulièrement à Thierry Breton, ministre de l’Economie, qu’il ne servait à rien de « dire », encore fallait-il faire. Et la présidente du Medef de remettre au cœur de la Présidentielle la question des 35 heures. Cette mesure, considérée par l’une comme « une catastrophe pour les entreprises, mais aussi une catastrophe plus générale pour notre pays », et par l’autre comme responsable d’avoir « mis la France par terre » et d’avoir coûté 100 milliards d’euros dans la dette », existe en effet toujours. Deux opinions qui ne sont certes pas unanimement partagées, mais… très largement, des deux côtés de l’échiquier politique et encore plus à l’étranger. Pourtant, nul ne parle encore vraiment de supprimer ces 35 heures.
C’est aussi cela la France. Des mots, toujours des mots, voire des gros mots. Mais rien de plus. Comme si la campagne qui s’annonce, avec 35 candidats officiellement déclarés, pouvait se permettre d’être plus riche en propos qu’en propositions.
« Au début était le Verbe » disent les écritures. On peut le regretter, le contester comme récemment, lors d’une émission de télévision, l’amiral de Gaulle, mais on y revient toujours. Comme si l’on était éternellement « prisonniers » de notre éducation judéo-chrétienne qui nous fait préférer les mots à l’action. Pourtant, nous connaissons depuis longtemps les dérives lacaniennes. Nous avons lu Freud pour qui « au début est l’action et l’émotion ». Nous avons entendu Goethe, ou plutôt Faust, agréér la Bible puis se reprendre pour affirmer finalement « au début était l’acte ». Nous avons compris Pline qui affirmait que « l’homme est un animal qui pleure » et constatait que le langage ne venait qu’en second pour exprimer l’émotion. Enfin, nous faisons bien souvent nôtre cette critique de Céline pour qui « le verbe, c’est du bla bla, c’est du déchet d’émotion… Quand on n’a plus rien à faire, quand on n’a plus rien, quand on ne sent plus rien, ben alors on parle, n’est-ce-pas. Tandis que les grands sentiments sont muets… ». Et pourtant, à chaque élection, à chaque « débat », nous nous laissons manipuler par des « charlatans » de l’imaginaire. Par nombre de ces femmes et hommes qui n’ont jamais rien construit ou créé de leur vie. Passant leur temps à seulement « imaginer » comment dépenser ce que les autres ont bien du mal à « ramasser ».
Alors, pour une fois, courage… fuyons-les !
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