29.10.2006

CIBLE

medium_635623_bonneune.jpgL’actualité aurait dû être, ce matin, de ne parler que de la course du Rhum. De ces fantastiques voiliers qui, aujourd’hui alignés pour le départ, rêvent tous de s’envoler vers la victoire. A contre-courant de la vie et de la fureur, parfois, des océans. La marine à voile nous ramène ainsi, périodiquement, à l’« essentiel » de l’homme qui doit compter avec les éléments, dompter éternellement sa peur et ses angoisses, dominer ses crises de découragement et suivre sa route au fil du temps. Mais l’actualité est en deuil. En deuil d’amour et de légèreté. Elle s’est déplacée tristement d’un port à l’autre, d’un univers de beauté à un vulgaire rond-point de quartier, quittant Saint-Malo pour Marseille et la lumière pour les ténèbres. Tout cela parce qu’une poignée d’imbéciles, toujours la même et « clonée » désormais par milliers sur tout le territoire, a encore voulu jouer avec l’impunité de l’air du temps. Et avec la… vie des gens. Ce matin, une jeune femme de 26 ans se débat pour survivre dans un chambre stérile anonyme des hôpitaux de Marseille. Et même si elle en réchappe, elle portera à jamais les brûlures et stigmates de cette violence « ordinaire » à deux pas de chez elle, de ses amis, de ses parents.
Cette « irakisation » des banlieues, où l’on érige maintenant des stèles pour des enfants qui se sont stupidement électrocutés pour avoir fui devant la police, et où l’on se contente de serrer la main des victimes ou de leurs proches, sans statue ni couronnes, ne devrait plus avoir « droit de cité ». La tolérance zéro a, certes, mauvaise presse, et est difficile à réaliser. C’est une méthode musclée qui n’a ni la faveur des « éducateurs », ni celle des libertaires, pour qui il faut souvent que la « chienlit » prospère. Et encore moins celle de certains magistrats qui, « instruits » par des pamphlétaires de l’ordre et de la justice, semblent toujours s’excuser de devoir prononcer des sanctions. Mais il est pourtant nécessaire de rétablir l’ordre et la justice pour pouvoir espérer, un jour, venir à bout des agressions et des discriminations. Car c’est le seul vrai moyen d’apaiser les tensions et de supprimer le racisme qui se fait jour à chaque apparition de « cagoule » ou de pantalon bouffant. C’est aussi l’unique manière de « casser » cette image des cités perdues condamnées aux tags, aux cambriolages, aux dégradations, aux incivilités et au verre brisé. Comme si elles n’avaient pas déjà assez de se battre contre le chômage et les difficultés du quotidien. C’est en tout cas le seul moyen d’éviter de nous rapprocher d’une dictature où il faudra, demain, justifier de son identité pour sortir dans la rue.
En « attendant », chaque voyou impuni d’aujourd’hui nous « désigne » comme nouvelle ou prochaine cible. Et nous assure tempêtes et déchirements plus sûrement que les caprices du temps. Des Minguettes à Bobigny, comme de Marseille à… Saint-Malo.

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