22.10.2006
VERBE
« Y a qu’à », « faut qu’on ». Laurence Parisot est venue fort à propos, cette semaine, rappeler aux hommes politiques, et plus particulièrement à Thierry Breton, ministre de l’Economie, qu’il ne servait à rien de « dire », encore fallait-il faire. Et la présidente du Medef de remettre au cœur de la Présidentielle la question des 35 heures. Cette mesure, considérée par l’une comme « une catastrophe pour les entreprises, mais aussi une catastrophe plus générale pour notre pays », et par l’autre comme responsable d’avoir « mis la France par terre » et d’avoir coûté 100 milliards d’euros dans la dette », existe en effet toujours. Deux opinions qui ne sont certes pas unanimement partagées, mais… très largement, des deux côtés de l’échiquier politique et encore plus à l’étranger. Pourtant, nul ne parle encore vraiment de supprimer ces 35 heures.
C’est aussi cela la France. Des mots, toujours des mots, voire des gros mots. Mais rien de plus. Comme si la campagne qui s’annonce, avec 35 candidats officiellement déclarés, pouvait se permettre d’être plus riche en propos qu’en propositions.
« Au début était le Verbe » disent les écritures. On peut le regretter, le contester comme récemment, lors d’une émission de télévision, l’amiral de Gaulle, mais on y revient toujours. Comme si l’on était éternellement « prisonniers » de notre éducation judéo-chrétienne qui nous fait préférer les mots à l’action. Pourtant, nous connaissons depuis longtemps les dérives lacaniennes. Nous avons lu Freud pour qui « au début est l’action et l’émotion ». Nous avons entendu Goethe, ou plutôt Faust, agréér la Bible puis se reprendre pour affirmer finalement « au début était l’acte ». Nous avons compris Pline qui affirmait que « l’homme est un animal qui pleure » et constatait que le langage ne venait qu’en second pour exprimer l’émotion. Enfin, nous faisons bien souvent nôtre cette critique de Céline pour qui « le verbe, c’est du bla bla, c’est du déchet d’émotion… Quand on n’a plus rien à faire, quand on n’a plus rien, quand on ne sent plus rien, ben alors on parle, n’est-ce-pas. Tandis que les grands sentiments sont muets… ». Et pourtant, à chaque élection, à chaque « débat », nous nous laissons manipuler par des « charlatans » de l’imaginaire. Par nombre de ces femmes et hommes qui n’ont jamais rien construit ou créé de leur vie. Passant leur temps à seulement « imaginer » comment dépenser ce que les autres ont bien du mal à « ramasser ».
Alors, pour une fois, courage… fuyons-les !
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