19.10.2006
DELIRE
Le tribunal correctionnel de Grenoble a condamné, hier, quatre jeunes voyous à un mois de prison ferme et trois mois avec sursis pour un vol de croissants d’une rare violence. L’équipée sauvage avait « débarqué » mi-septembre, de très bonne heure, en plein magasin, criant et vociférant, se servant dans les rayons, insultant le commerçant et terrorisant toutes les personnes présentes. Heureusement pour le boulanger et sa jeune vendeuse, la scène avait été filmée par des caméras de surveillance et quinze minutes d’extraits ont été projetés à l’audience. Ce qui n’a pas permis aux défenseurs des délinquants, au casier déjà largement fourni, d’invoquer la clause « d’impérieuse nécessité », cette faim qui vous tenaille et conduirait parfois, selon une jurisprudence établie, à se servir sans payer. Mais les avocats de la défense ont quand même essayé de minimiser les faits, l’un parlant d’une simple affaire d’incivilités, l’autre estimant que le ministère public faisait le jeu du « délire sécuritaire actuel ». Mais de quel délire s’agit-il ? S’agit-il de celui d’une société qui permet tout par lâcheté ou veut donner des excuses à tout par fausse « humanité » ? ou s’agit-il de celui des hommes qui ne trouvent plus le courage d’appeler les agressions par leur nom.
Hier, le tribunal a voulu dire le Droit, hors de toute pression ou « compassion », malgré l’absence de témoignage de la jeune vendeuse et, même, de la déclaration signée du boulanger, par peur des représailles. Il a voulu expliquer que l’on ne pouvait jouer impunément avec la dignité et la liberté des autres. Mais, ce faisant, il n’a pas été au bout de sa démarche. Les juges n’ont en effet assorti leur condamnation d’aucune mesure de protection envers les témoins ou d’interdiction de fréquenter le quartier. Dès lors, on peut imaginer sans peine que, dans quatre jours, la préventive couvrant presque la totalité du mois de prison ferme, les jeunes voyous iront narguer leurs « victimes ». Mais nul n’en a parlé, personne ne l’a évoqué. Tout le monde le sait, mais personne n’a de véritable réponse à apporter. Finalement, pourrait-on dire avec cynisme, le boulanger n’a qu’à, lui, changer de quartier.
Mais il y a « pire » encore. Car le tribunal correctionnel de Grenoble a assorti ses condamnations d’une « obligation de travailler ». Sans rire, mais à…pleurer. Avec, sans doute, cette certitude intime qu’elle ne sera pas respectée et cet aveuglement prétendument citoyen qui lui permet, désormais, de s’en… laver les mains.
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Commentaires
Je suis absolument d'accord avec cela.
Mais je suis extrêmement choqué par la différence de traitement de l'information, du battage médiatique autour de telles affaires qui ne sont pas du même niveau de gravité que, par exemple: L'éxécution de deux hommes à Brest en 1996,devant le stand de tir de la Villeneuve.
Celle-ci n'a pas eu droit en dix années à autant de "volonté d'information" que celle-là en quelques jours, tous médias confondus.
...that is the question!
Ecrit par : L.P Creton | 19.10.2006
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