09.10.2006

MINIMUM

medium_SGE.UYR90.081006182129.photo00.quicklook.default-174x245.jpgL’exception française, c’est aussi un système électoral très original qui permet d’avoir la majorité absolue d’un scrutin avec à peine 25% des voix des électeurs inscrits, soit avec seulement un électeur sur quatre. La preuve nous en est encore parvenue d’Aquitaine, hier soir, et plus précisément de Bordeaux où plus de la moitié des citoyens ont préféré s’abstenir plutôt que voter. Chacun avait sûrement de bonnes raisons. Les uns étaient malades, les autres invités à une communion. Certains étaient « retenus » en baie d’Arcachon, d’autres au chevet d’un cousin, d’une nièce ou d’un voisin. Toujours est-il que la participation a atteint péniblement les 44,82% malgré l’ouverture de 119 bureaux de vote pendant douze heures.
Les absents ont sans doute tort. Et on peut largement s’interroger aujourd’hui sur le civisme des habitants. Mais comment peut-on aussi valider « officiellement » de telles élections ? Et comment un élu peut-il prétendre représenter toute une population quand « il sait » qu’il a été choisi par tout juste la moitié de la moitié des électeurs de sa cité? Comment même est-il possible que la Constitution n’ait pas prévu un seuil minimum de participation ? C’est bien là tout le mystère de nos institutions. Qui ont été élaborés en d’autres temps, en d’autres lieux et aspiraient à d’autres « dimensions ».
Alain Juppé a donc recueilli seulement 29.907 voix des « Bordelaises et des Bordelais » sur son nom et ce résultat digne d’une sous-préfecture de troisième zone va lui permettre de revenir à la mairie par la petite porte. Mais ce matin, on ne parlera pas de cela. Les militants UMP feront observer que l’ancien Premier ministre a enregistré son meilleur score « en pourcentage » depuis 1995. C’est vrai. Tristement vrai. Et cela prouve bien que l’on peut faire dire aux chiffres n’importe quoi et se glorifier d’un 56,24% des suffrages qui ne représente presque « rien ». Au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois. Mais seule la petite histoire retiendra qu’Alain Juppé rentre en Aquitaine avec bientôt l’écharpe du maire élu par le plus petit des scores depuis 1958.
Un jour, peut-être, un homme digne de ce nom, un élu soucieux de faire de la politique autrement, un citoyen soucieux de son pays, se lèvera pour exiger que l’on retourne aux urnes et que l’on ne valide plus jamais un scrutin qui compte plus de 40% d’abstentions. Alain Juppé aurait pu être celui-là. Démissionnant sitôt élu pour cause d’absence réelle de scrutins. On sait désormais qu’il n’en a pas l’étoffe. Ne reste plus qu’à espérer que, élu par le minimum, il fera le… maximum.

Commentaires

500 % d'accord. Très bon article.
Allez messieurs les journalistes, arrêtez de faire de la comm et allez gratter là où cela fait un peu mal ;)

Ecrit par : yves | 09.10.2006

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