08.10.2006
EPONGE
On saura ce soir si Bordeaux « attendait » Juppé ou si Alain Juppé attendait plus de Bordeaux. C’est-à-dire si l’ancien Premier ministre est réélu dans un fauteuil dès le premier tour ou s’il lui faut attendre encore quelques jours pour retrouver son siège. Mais qu’importe finalement le résultat tant la méthode utilisée a été détestable. Il n’est en effet pas acceptable que la ville de Bordeaux ait connu aujourd’hui des élections municipales anticipées par le seul fait du prince. La démission collective des élus de la majorité par « confort » ou, plutôt, pour « intérim » caché d’un élu condamné par la justice n’a pas été « digne » d’une démocratie et aurait dû être refusée par le Préfet. Car elle n’était aucunement justifiée ou justifiable. Ni pour cause d’incapacité, ni pour cause de paralysie des institutions, ni pour raison de maladie.
La majorité municipale s’est conduit à Bordeaux comme si la ville était « sa » propriété et qu’elle se devait de réintégrer, sans plus attendre, Alain Juppé dans ses plus hautes fonctions. Comme s’il n’avait jamais « démérité ». Comme s’il eut été indécent de le faire encore attendre un an, voire deux. Comme si la « justice » voulait qu’une parenthèse soit refermée à tout jamais. Et que le purgatoire d’un an chez nos cousins « caribous » soit définitivement oublié.
La France se comporte ainsi tout le temps au contraire des Anglais que l’on brocarde pourtant trop souvent. Là-bas, quand on fraude le fisc, on est exclu de son club. Ici-bas, on est chaleureusement applaudi. La société civile s’est ainsi fait une spécialité des lois d’amnistie et des absolutions collectives. Au grand dam de la simple moralité politique et des envolées citoyennes que l’on nous ressort à chaque élection.
Les électeurs, qui passent « l’éponge » aussi facilement, ne sont pas exclus de tout reproche. Trop facilement manipulés, ils croient tout ce qu’on leur dit, au nom du refus de la « double peine » et du pardon légitime. Ils réintègrent Alain Juppé, reparlent d’Alain Carignon, lorgnent encore sur Bernard Tapie et quelques autres. Résultat, ils ont aujourd’hui, tous partis confondus, la classe politique la plus condamnée de toute l’Europe. Et c’est sans doute le seul domaine dans lequel ils sont encore… premiers.
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