24.09.2006

MACHINE

medium_Manif_20CPE_Marianne_20AFP.jpg« On ne peut pas simplement utiliser la colère du peuple pour s’exonérer de ses propres choix » déclarait hier François Hollande. Mais, en disant cela, le Premier secrétaire du PS semble vouloir tout à la fois stigmatiser l’attitude de Nicolas Sarkozy et s’affranchir du peuple en refusant son message prétendument « téléguidé ». Alors que l’Histoire aurait dû lui apprendre que le peuple n’est jamais si fort que lorsqu’il est méprisé. « Lorsqu’un homme a perdu toute responsabilité dans l’espace social et économique, il entre dans une spirale de marginalisation » écrivait Alain Etchegoyen dans « le temps des responsables ». C’est tout le drame du citoyen inconnu en France. Que l’on dorlote, que l’on assiste, que l’on représente et que l’on… oublie.
La société des énarques, des bien-pensants et des « bien-nourris » de la politique a cru qu’elle pouvait se développer sans les hommes, par la vertu des grands équilibres et des valeurs marchandes. Force lui est de faire ou d’essayer de faire, aujourd’hui, machine arrière. Mais elle ne sait pas trop comment s’y prendre. Alors qu’il lui suffirait bien souvent de regarder autour d’elle, en Europe, pour trouver des exemples profitables. Quitte à mettre à mal le mythe de « l’exception française » qui survit à coups de corporatisme et de guerre scolaire.
Mais le veut-elle vraiment ? La question des antagonismes mérite elle-même d’être posée. Car les partis de gauche et de droite recèlent trop d’intelligence pour ne pas avoir, enfin, compris que les « bonnes solutions » n’ont que faire des étiquettes.
Les sondages de la semaine passée montrent au grand jour que la France a plus besoin de réformes que de plates-formes. Et qu’elle mérite d’imaginer son avenir en dehors des discours militants ou partisans. Trois thèmes doivent alors être au centre du débat, éducation, justice et sécurité. Et deux mots d’ordre l’illustrer : participation et imagination. Toute le reste n’est que littérature, caricature d’une société qui vieillit mal et semble vouloir emporter avec elle regrets et désillusions.
La campagne électorale qui s’annonce devra prendre en compte toutes ces aspirations. En passant par la réconciliation des citoyens que le chômage a divisé, que l’égoïsme a enterré et que la fatalité a envahi. Car le découragement n’est jamais porteur d’histoire. Il n’est qu’un rendez-vous raté. Quant au chômage, il n’est que la négation de la création et de la solidarité des hommes ainsi que la démission coupable des institutions qui préfèrent le nourrir que le combattre.
Reste le plus difficile à faire. Sortir de cette carapace d’ « homme moyen » qui, comme l’écrivait Jean-Paul Sartre, se perd « exprès dans l’infini des moyens pour ne pas regarder la fin en face »...

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