19.08.2006

POSTERITE

On connaissait déjà le nez de Cléopâtre, les cuisses de Jupiter, la tête de Zidane. On connaîtra désormais le doigt de Tony Parker. En tout bien, tout honneur. Le sort du monde n’en sera peut-être pas retourné, mais assurément celui de l’équipe de France de basket qui dispute aujourd’hui son premier match du Championnat du monde contre l’Argentine. Dommage pour les Bleus et pour ce jeune héros qui fait aussi la gloire des San Antonio Spurs en NBA.

Quel délice de laisser ainsi une partie de son anatomie à la postérité ! D’autres l’ont fait avec autant de succès, mais moins de publicité. Il ne faut pas confondre, par ailleurs, les yeux de Laura Mars, cette photographe à succès sur pellicule, qui ne sont que des artifices de cinéma, avec les seins bien réels de Sophie Marceau, déjà chantés par Souchon et dévoilés au Festival de Cannes, qui sont devenus acteurs bien malgré eux. Et que dire du talon d’Achille qui valut à ce fils de Thétis, presque immortel jusqu’au bout des pieds, champion de vitesse avant l’heure, de mourir par la flèche de Pâris guidée par Apollon. L’homme au pied léger d’Homère sera pleuré pendant dix-sept jours.

D’autres morceaux d’anatomie sont plus anonymes ou plus imaginaires. Ainsi le genou de Claire n’appartient à personne. L’œil qui regardait Caïn a toujours bonne conscience, mais n’a jamais été identifié. Quant aux fesses de Charlemagne, elles ne sont qu’itinéraire remarquable et irrespectueux du canton de Lagrasse, dans les Corbières.

Ah, comme l’on aimerait, nous aussi, dédier une partie de nous-même à l’éternité. Un morceau riche de préférence. Sans cicatrice, ni tatouage. Parfait, sans aucun doute, pour éviter moquerie ou dérision. Le plus tard possible également, voire après notre mort, pour qu’il ne nous manque pas trop. Une oreille ? Non, cela fait trop corrida. Finalement, à tout considérer, il ne fait aucun doute que, quitte à passer à la postérité, on aimerait bien le faire… en entier.